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La guerre, une valeur sûre

 
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Oui bien sûr, le jeu video a changé. Ses défenseurs nous le martèlent : les jeux s’adressent désormais aux jeunes filles, aux seniors, et non plus exclusivement à des adolescents boutonneux. Les budgets ont changé eux aussi. Jadis développés avec les moyens du bord par une poignée de geeks dans un garage, les jeux les plus recents sont mis au point aujourd’hui par une armada de programmeurs et de graphistes. Une chose pourtant, ne change pas : en matière de jeux vidéo, c’est la guerre qui fait vendre.

La preuve : Call of Duty : Modern Warfare 2, qui sortira le 10 novembre, pourrait bien réaliser les meilleures ventes de tous les temps, annonce d’ores et déjà Gamestop, une chaîne de distribution américaine. Certains experts anticipent 500000 ventes lors de la première semaine et 10 millions de ventes sur l’ensemble du quatrième trimestre ! En effet, les préventes battent tous les records. Les prix sont pourtant relativement élevés : 60 dollars pour l’édition standard, 80 dollars pour la version luxe et 150 dollars pour la version prestige qui inclut dans la boîte de véritables lunettes infrarouge ! 

Les apprentis sociologues en déduiront que décidément, les gamers sont des gens bizarres et peu recommendables (restons polis). Pourquoi, en effet, dépenser autant d’argent pour jouer à la "guéguerre" via Internet ? La réponse est pourtant simple. Elle tient même en deux mots : réalisme et réseau. Les progrès accomplis par les développeurs en matière de graphisme et de mise en scène sont tels que les joueurs naviguent désormais en groupe dans de véritables films. Dans Operation Flashpoint : Dragon Rising, par exemple, on retrouve même les véhicules, les tenues et les armes de vrais soldats (les développeurs comparent leur jeu à un documentaire d’Arte !) Certains soldats ont d’ailleurs joué les consultants pour accentuer le réalisme du jeu. Le résultat est si bluffant qu’Operation Flashpoint est encore utilisé aujourd’hui par l’armée française pour former ses recrues ! 

Pour les éditeurs comme Activision, qui ont dans leur catalogue une série comme Call of Duty, c’est le jackpot assuré. Alors il faut exploiter le filon jusqu’au bout. Comme pour les jeux de foot, et comme pour les jeux musicaux, les réactualisations s’enchaînent. Sans parler des contenus téléchargeables. En 2010, les jeux de guerre déferleront donc encore dans les rayons. Le réalisme pourrait même encore être poussé d’un cran. Le studio Atomic Game n’a toujours pas abandonné son projet "Six Days in Fallujah", qui devrait permettre au joueur de vivre de l’intérieur l’un des épisodes les plus sanglants de la guerre en Irak. Ames sensibles, s’abstenir… 

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Fin 2004, les troupes américaines se lançaient à l’assaut de la ville de Falloujah en Irak. Une opération sanglante (38 marines et 1200 insurgés tués selon les chiffres officiels) qui allait donner lieu quelques semaines plus tard à une polémique en raison du nombre de victimes civiles et de l’utilisation présumée de bombes à phosphore blanc par les marines.

Cinq ans ont passé depuis. Mais l’épisode tragique de Falloujah revient sur le devant de la scène. En effet, il devrait servir de base pour le prochain jeu de guerre de l’éditeur Konami. Baptisé "Six Days in Fallujah" et développé par la société Atomic Games, le jeu devrait sortir en 2010. Il plongera le joueur au coeur du conflit Irakien, marqué par la guérilla urbaine et l’usage de technologies ultra-sophistiquées. 

L’idée est venue des marines qui participaient à l’opération, rapporte le Los Angeles Times. Ces derniers avaient rapporté d’Irak des photos, des vidéos et des témoignages écrits. Au lieu de se tourner vers l’industrie du cinéma pour les exploiter, ils ont été voir Atomic Games, société qui développe déjà des applications pour l’armée américaine. En tout, près d’une quarantaine de soldats américains seraient associés à la création du jeu. Celui-ci devrait donc se démarquer des autres jeux de guerre grâce à son réalisme.

Mais c’est justement là le problème. A trop pousser le réalisme, les développeurs risquent de s’attirer les foudres du public. De nombreuses personnes – aussi bien civiles que militaires – s’indignent déjà du mariage entre un jeu vidéo et les évènements sanglants de Falloujah. Pour beaucoup d’entre elles, le conflit est encore trop présent dans les mémoires. Et l’extrême violence des combats ne doit surtout pas être banalisée dans un jeu vidéo.

De leur côté, les développeurs dénoncent une certaine forme d’injustice au sujet des jeux vidéo : pourquoi ces derniers ne pourraient-ils pas exploiter au mieux les sujets d’actualités comme le font la télévision et le cinéma ? A leurs yeux, Six Days in Fallujah est le précurseur d’un nouveau genre d’application : le "game-amentary", produit à mi-chemin entre le jeu vidéo et le documentaire. Mais leurs arguments peinent à convaincre jusqu’ici.

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Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer. (F. Nietzsche)

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