Lue, la semaine dernière, dans le journal Le Monde, une très intéressante enquête sur la drogue (on aimerait lire plus souvent des papiers de cette qualité !). A l’occasion de la chute d’une des places tournantes du trafic de cannabis dans l’Ouest de Paris, on y voit décrit de manière précise l’organisation – relativement complexe – du réseau. Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cette enquête tient en deux éléments. Premièrement, le nombre élevé de personnes impliquées (ceux qui font le gué, ceux qui rabattent, ceux qui transportent la drogue, ceux qui sous-louent leur appartement…). Ainsi, le trafic apparaît comme impliquant à la fois des trafiquants « professionnels » et toute une armée de petites mains. Deuxièmement, et c’est ce qui est le plus intéressant pour l’économiste, les faibles revenus générés par le trafic pour cette armée de réserve : 20, 30 40 euros payés par-ci par-là à ceux qui sont impliqués. Ainsi, la distribution des revenus générés par le trafic est très inégalitaire : ils sont largement accaparés par le haut de la pyramide du réseau.
On ne peut qu’être frappé par la similitude de cette description avec certaines études menées aux États-unis sur ces questions. Dans un article célèbre intitulé « pourquoi les dealers vivent-ils chez leur mère », Steven Levitt avait mis en lumière ce même phénomène de distribution inégalitaire et de faibles revenus pour le bas de la pyramide (vous trouverez une traduction de cet article dans l’ouvrage de Levitt publié en français, Freakonomics chez Gallimard). La réponse à la question posée est ainsi tout simplement qu’ils vivent chez leur mère…car il n’ont pas les moyens d’habiter ailleurs. Mais un tel constat peut aussi déboucher sur des considérations politiques. Levitt se demande notamment pourquoi, étant donné que les revenus sont faibles, les petites mains ne substituent pas des activités légales aux activités illégales ? Plusieurs éléments sont à prendre en compte mais il insiste sur le fait que « le soldat de base » du trafic touche peu mais a une probabilité (faible mais positive) de toucher beaucoup s’il monte dans la hiérarchie du trafic.
En extrapolant quelque peu, on voit alors que ce qui compte est moins la comparaison des revenus légaux et illégaux dans le choix des acteurs que la probabilité de revenus élevés dans le futur. Bien entendu, une mobilité sociale et économique rendrait plus attractive les activités légales. Bref, ce phénomène illustre rien moins la faible mobilité sociale et économique perçue par certains de nos contemporains…









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