Derrière le costume-cravate, la reconnaissance sociale et l’argent, comment les cadres et les grands dirigeants gèrent-ils leurs émotions ? D’où leur viennent leur énergie et leurs intuitions ? A travers des témoignages, des conseils de psys et de coachs, ce blog vise à aider à mieux concilier vie professionnelle et bien-être.

7 mai 2008

L'enfer, c'est bien les autres

Jamais la littérature sur la vie quotidienne en entreprise sous son jour le plus odieux, n'a été aussi abondante!  Il y a quelques jours, j'ai reçu au courrier  Mon chef est un connard! Et le vôtre? (Margit Schönberger, Leduc.s Editions). Il s'agit, nous promet-on, d'un "guide de survie indispensable pour mieux vivre au bureau, dompter son chef, et le mettre dans sa poche!". Récemment, sont sortis Objectif Zéro-sale-con (Robert Sutton, Vuibert) ; Tu aimeras tes collègues comme toi-même (Sylvain Grevedon, Eyrolles Editions d'organisation), où l'on passe en revue les péchés capitaux qui ravagent les entreprises : l'avarice, la colère, la paresse... ; Guide de survie du manager -Réussir dans la jungle de l'entreprise (Dunod), Insupportables pratiques- Guide d'action pour lutter contre les abus de pouvoir, les manipulations... (Patrick Bouvard, Jérôme Heuzé, Eyrolles Editions d'organisation)... Bref, de quoi donner le tournis. Et surtout provoquer l'impulsion d'achat sur l'idée, un rien démago, que décidément, l'enfer vient bien des autres...et surtout pas de nous.

24 avril 2008

S'autoriser la réussite

Marc est manager. Sûr de lui, il réussit tout ce qu'il négocie, entreprend et projette. Jusqu'au jour où son boss lui demande de rédiger des tribunes libres pour un journal, sur son champ d'expertise. Panique à bord... Alors qu'il connaît par coeur son sujet, sa première tribune est toute en tension et s'écrit dans la douleur.  Le journal lui demande de réécrire l'article. 

Il se casse le bras. Car dans sa famille, l'écrivain connu, c'est son frère. Lui ne se s'accorde pas le droit d'occuper cette place. Et préfère se détruire. 

Parfois, il suffit d'une autorisation de réussir. Encore faut-il avoir conscience des bâtons que l'on se met dans les roues. Tout seul.

14 avril 2008

Stress : surveillez vos pensées

J'ai interviewé récemment la psychanalyste Anne-Marie Filliozat, co-auteur avec Gérard Guasch, de "Aide-toi, ton corps t'aidera" (Albin Michel). Nous discutions du stress, et elle a pointé un fait majeur, que je juge utile de vous rapporter, ici.
Comme vous le savez, le stress se manifeste en trois phases : la réaction d'alarme, la phase de résistance et la phase d'épuisement (de laquelle il est très long de se remettre...). L'idée qui fait réfléchir est la suivante : que le danger soit réel ou imaginaire, le cerveau réagit pareil. En clair, si vous vous mettez une pression tout seul, si vous imaginez un danger, votre organisme va déclencher du stress de la même façon. D'où l'importance d'être attentif à ses pensées, tout au long de la journée.

31 mars 2008

Choisir un coach sans se faire avoir

Face au choix d'un coach, "gare à ne pas tomber sur un charlatan!", lance Laurent Renard (*) consultant et titulaire d'un Ph D de psychologie pour lequel il a enquêté sur le coaching. Ses conseils pour éviter de se faire avoir.
"Attention au coach qui flatte votre ego, vous met à l'aise, vous enveloppe dans un cocon et ne vous dit que ce qui vous est agréable. C'est tellement plus facile, mais pas vraiment la clé de la réussite d'un travail efficace! Autre clé : choisir un coach qui connaît la réalité de l'entreprise, qui sache ce qu'est un bilan ou un compte de résultat, et qu'il ait lui-même travaillé dans le monde réel. Evaluer également si le coach semble, lui-même, bien dans ses baskets! Le cas est classique : on veut aider autrui à régler des problèmes que l'on a pas, pour sa part, le courage d'affronter. Côté tarifs, ne rien décider sans un benchmarking préalable et sans négocier! Avez-vous, vous-même, connu des péripéties avec un coach? N'hésitez pas à raconter votre expérience et à faire part de vos conseils pour effectuer le bon choix.

* Auteur de "Le guide des clubs, cercles et réseaux d'influence", (Les Echos Editions/Village Mondial, 2007)

20 mars 2008

Marcel Rufo : "les pères qui travaillent trop peuvent causer de gros dégâts chez leurs enfants"

"Je bosse comme un fou, mes trois enfants ne me voient pas beaucoup", me confie Thomas, 41 ans, cadre sup dans un groupe d'édition parisien, qui ne rentre jamais chez lui avant 22 heures. Les enfants souffrent-ils de l'absence répétée et fréquente de leur père, pour cause de "trop de boulot"? J'avais posé, il y a quelques temps, la question au pédopsychiatre Marcel Rufo. Voilà, en substance son avis et ses conseils :

"Oui, les parents qui travaillent trop peuvent causer  de gros dégâts chez l'enfant. A la question « Quels bons souvenirs as--tu de bons moments avec ton père ? », certains enfants me répondent : « Aucun. Il travaillait. » C'est rude, ce contact froid d'une vie passée à côté de quelqu'un qui réussit. Le temps perdu ne se rattrape pas : le stade des histoires le soir, des premiers sentiments amoureux, des premières révoltes contre l'autorité parentale..."

Il est cependant possible de compenser, en partie, cette absence de la maison, estime Marcel Rufo. Pour un enfant, vivre de bonnes relations avec ses parents ne dépend pas uniquement de la fréquence ou de la durée des moments passés avec eux. Il peut s'agir de moments forts : une promenade en forêt au cours de laquelle on a vu un cerf, une soirée d'été passée sous les étoiles. Pendant un voyage d'affaires, le parent peut envoyer une carte postale, un texto, un mail, rapporter un petit cadeau à chacun de ses enfants. Par ce petit geste, il leur dit : « Je dois faire mon travail, mais je ne t'oublie pas, je m'intéresse à toi. » Un enfant tire un fort sentiment de sécurité s'il sait que son père pense à lui, même s'il est absent physiquement.  Et pendant une réunion-fleuve, pourquoi ne pas décréter une pause "famille", et prendre quelques minutes pour appeler? Dire à un enfant : « J'ai quitté ma réunion pour te faire un petit coucou, comment vas-tu ? » lui envoie un signal d'intérêt et d'amour très clair.

C'est vrai que pour certains managers, mes propos vont sembler surréalistes, pourtant avoir un enfant, c'est tout aussi important que réussir sa carrière ou son entreprise, non? Enfin, quand le papa est à la maison, qu'il ne soit pas le nez dans ses dossiers ! Qu'il joue au ballon avec eux, leur cuisine ne serait-ce qu'un oeuf à la coque le matin. Qu'il fasse des trucs, des petits trucs ! Ce qui fonde le narcissisme, la bonne image de soi, c'est la préoccupation de l'autre vis-à-vis de soi".

 

 

    

 

11 mars 2008

Savez-vous dire non?

Mathieu, la quarantaine, est ingénieur dans un grand groupe international. Passionné et consciencieux , il veille tard et ne compte plus les week ends passés devant l'ordinateur, au bureau. "Mon épouse et mes enfants commencent à râler sérieusement. Et j'ai craqué il y a un an : dépression, arrêt de 15 jours, médicaments et séances avec un psychiatre". Depuis, il a repris le travail, mais n'a plus la résistance d'avant. Le moindre incident prend d'emblée, dans sa tête, des proportions démesurées. "Mon problème est que je ne sais pas dire non", admet-il. Si sa direction lui propose un nouveau dossier, ou lui fait comprendre que cela dépannerait bien l'équipe s'il se chargeait de cette étude, impossible de refuser. Du coup, en surchauffe, "je rends mon travail en retard, voire avec des erreurs". Le cercle vicieux. Plus Mathieu se met en danger, plus il veut se rattraper. Dans cette course en avant, "je ne vois plus l'issue", confie-t-il.
Connaissez-vous ce type de situation? Et comment vous en êtes-vous sorti, le cas échéant?

Envie d'aller plus loin ? "Comment dire non. Savoir refuser sans offenser", William Ury (Seuil, 2007)

29 février 2008

High Tech et humanitaire

Belle interview il y a quelques jours :  "J'avais envie de rendre ce que la vie m'a donné", m'a confié Karim Mokhnachi, vice-président marketing Europe chez Oracle Emea et arrivé en France à l'âge de 10 ans, en provenance d'Alger. Passionné de foot, il met sur pieds l'IT CUP, un tournoi de football entre grandes entreprises du secteur high tech, sur les pelouses de Clairefontaine. La cinquième édition va se dérouler le 29 juin prochain, une trentaine de sociétés devraient participer à cet évènement. Depuis la première édition, Karim Mokhnachi a déjà pu reverser 180 000 euros à plusieurs associations, notamment Diambars et Télécoms sans frontières.

27 février 2008

La maîtrise de soi au bureau

"Ah non! Touche-moi pas!
- Casse-toi, alors!
-Tu me salis!
- Casse-toi, alors, pauv'con, va!"

Nicolas Sarkozy face à ce visiteur au Salon de l'Agriculture  vient de rappeler que la politique est le théâtre des pulsions, des coups de sang et des insultes. Un univers pas très éloigné du monde de l'entreprise, où l'on assiste aussi à de belles foires d'empoignes. Un dirigeant de société se doit-il de garder son sang-froid ? Au bureau, vous est-il arrivé, d'insulter un collègue de tous les noms d'oiseaux ? Ou peut-être y songez-vous en secret... imaginez... ce serait si bon... claquer son beignet à Duchmol...

14 février 2008

Père et cadre sup, comment équilibrer votre vie?

Je vous livre ce matin une étude toute fraîche et bien dans son époque sur la façon dont, en France,  les pères cadres, cadres supérieurs et hauts potentiels âgés de 30 à 40 ans concilient leurs vies professionnelles et personnelles. 
Menée par le cabinet de conseil Equilibres et Bénédicte Bertin-Mourot, sociologue au CNRS et co-créatrice de L’Observatoire des Dirigeants, cette enquête est intitulée « Les pères managers en quête d’équilibre. Portrait d’une génération qui entend réconcilier travail et paternité». Réalisée auprès de pères, notamment chez Suez, PSA Peugeot-Citroen, Coca-Cola Entreprise, Saint-Gobain, Bain&Company,  complétée par un sondage orchestré par LH2, l'étude met en lumière l'idée centrale suivante : les hommes investissent chaque jour davantage leur paternité. Et chemin faisant, ils transforment la relation au travail. 
Deux pères cadres sur trois veulent une vie équilibrée, c'est à dire maintenir leur investissement professionnel sans pour autant sacrifier leur vie de famille. 60% des pères cadres interrogés ont pris leur congé paternité en totalité ou en partie. La moitié des pères cadres regrettent ne pas avoir assez de temps pour s’occuper de leurs enfants.  20% d'entre-eux se disent prêts (surtout en Ile-de-France) à quitter leur entreprise si cela leur permettait de mieux concilier sphère privée et professionnelle· 
L'étude montre qu'en 2008, la génération de pères de 30 à 40 ans est surtout «équilibriste » (52%) ou « égalitaire » (33%), alors que les « pourvoyeurs de revenus » ne sont que 15% (voire les profils en détail, plus bas). Pour les deux premières catégories, construire une vie équilibrée relève d'une aspiration profonde, pas facile à mettre en œuvre au bureau. Ces deux groupes appellent de leurs vœux de véritables changements des mentalités et une mutation culturelle des entreprises… qui est longue à venir. "Ils ont toujours le sentiment de se heurter aux préjugés les enfermant dans leur rôle de managers, à la culture de l’implication totale rendue possible grâce aux outils high techs et au fait que les congés parentaux, temps partiels et autres respirations professionnelles sont encore trop souvent considérés comme tabous", met en lumière l'étude. Par ailleurs, ces «équilibristes » et ces « égalitaires », doivent aussi au quotidien négocier avec leur épouse, tout autant voire plus diplômées qu’eux, la répartition du temps dans le couple. Même si, in fine, les compromis professionnels sont le fait de l’épouse, surtout chez les cadres dirigeants.

Pères cadres : à quel profil vous identifiez-vous le plus ?
Le pourvoyeur de revenus : vous incarnez le père au sens traditionnel. Vous faites vivre votre famille au plan financier, et votre identité d’homme s’est construite via le travail et au détriment de la vie personnelle. A la maison, c’est votre épouse qui gère enfants, ménage, cuisine, et a souvent sacrifié sa propre carrière professionnelle. Vous assumez votre choix, et estimez que l’entreprise n’a pas à se mêler de votre vie personnelle.
L’équilibriste : vous êtes l’incarnation du père contemporain, de ce véritable funambule qui a la volonté (mais tant de mal au quotidien) à bien concilier travail et vie personnelle, sans tout faire exploser. Vous arbitrez entre vos deux pôles avec soin tout au long de vos journées.
L’égalitaire : pour vous, l’harmonieuse répartition entre vie professionnelle et personnelle est un principe de base, ancré bien profondément en vous et depuis longtemps. Une philosophie de vie, quoi. De même que la conviction qu’il est normal que votre épouse fasse carrière aussi et que vous passiez le balai et vous mettiez aux fourneaux. Vous êtes le partisan le plus fervent d’une politique égalitaire dans les entreprises, en fait d’une véritable mutation culturelle.

 

5 février 2008

"L'entreprise est en état de guerre"

Suicides de salariés, souffrances au travail, mal-être professionnel..."L'entreprise est en état de guerre", estime Jérôme Heuzé. Pour le co-auteur de l'ouvrage  "Insupportables pratiques- Guide d'action pour lutter contre les abus de pouvoir, les manipulations..." (Editions Eyrolles) : "tous les moyens sont bons en entreprise pour réaliser un objectif, sans se soucier des dommages collatéraux sur l'être humain. Le contexte de pression permanente excite les plus bas instincts, les abus de pouvoir s'additionnent et rendent l'ambiance de travail insupportable. Les plus faibles sont écrasés". Jérôme Heuzé classe en trois catégories les techniques entraînant chez les salariés une grande souffrance au travail. Exemples.
Les agressions directes.  
- Le mobbing: "cette pratique, particulièrement appréciée des petits chefs à grands pouvoirs et autres complexés de l'infériorité vient de l'anglais : to mob, soit attaquer, malmener, harceler, terroriser. La panoplie est large : omission volontaire, oubli de convocation, non transmission d'informations ou encore, attaques directes, mutation, suppression d'avantages en nature, médisances, rumeurs, calomnies, injures, humiliation publique..."
- Le ranking à quota: "il s'agit d'établir des quotas de notations, imposant un pourcentage fixe de salariés dans des tranches fixées a priori. L'objectif de cette pratique psychorigide est de pouvoir reclasser ou virer chaque année les salariés de la dernière tranche, soit 5%, 10% ou 15%, selon les cas, quoi qu'il arrive".
Les agressions indirectes.
Whistleblowing : "c'est le nom anglo-saxon pour désigner la délation organisée.  Aujourd'hui, certaines entreprises demandent aux salariés de donner l'alerte en cas de constat de comportement frauduleux. A leur disposition, elles créent des téléphones rouges, une boîte mail anonyme, un comité d'examen des alertes". 
Cadre de travail émollient.
Coaching par un entraîneur de football, incentives en forêt de Fontainebleau... "Avec toutes ces formations, on prend les salariés pour des imbéciles, on ne leur parle pas des problèmes qui fâchent, on est là pour leur expliquer que ce qui se passe dans l'entreprise est très bien. Cela crée de la frustration chez les collaborateurs, qui ont surtout un besoin vital de parler des vrais problèmes".

Et vous, estimez-vous que votre entreprise est en état de guerre ?