Le harcèlement moral, selon Guy Corneau
Merci pour vos réactions et vos témoignages au post du 20 septembre dernier portant sur le harcèlement moral selon Guy Corneau. Leur richesse et l'empathie que vous manifestez m'incitent à revenir en détail sur mon interview avec le psychanalyste Guy Corneau, et sur ses conseils pour s'en sortir, tirés de son best-seller, *Victime des autres, bourreau de soi-même (Robert Laffont).
Votre chef vous harcèle ? Pourquoi vous, et pas votre collègue de bureau ? « Le harcèlement moral n’atteint pas toute l’entreprise, mais seulement certaines personnes. Dans nombre de cas, la victime est son propre bourreau ». Guy Corneau n’y va pas par quatre chemins : « ce sont vos propres conflits intérieurs que vous mettez inconsciemment en scène à l’extérieur». Comment évoluer ? Des pistes.
Prenez conscience des répétitions dans votre vie.
Vous vous retrouvez toujours harcelé au bureau ? Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, accueillez ces répétitions. Elles sont une occasion de réaliser que quelque chose dans votre fonctionnement "cloche", et de modifier le scénario. Au passage, débusquez les « primes cachées ». Un malheur confortable et connu paraît souvent préférable à un bonheur incertain. Une victime de violence, comme le harcèlement, a souvent peu d’estime d’elle-même et est convaincue qu’elle ne mérite aucune attention. Celle qu’on lui accorde, même dans les mauvais traitements, peut être considérée comme un bénéfice secondaire.
Identifiez vos besoins profonds
Ils s’articulent en général sur des blessures passées : besoin de reconnaissance, d’amour…Tant que nous ne les reconnaissons pas, ils nous tyrannisent de l’intérieur et deviennent notre premier bourreau. C’est d’eux avant tout dont nous sommes victimes.
Détectez quelles sont vos peurs.
Fondées sur des traumatismes remontant souvent à l’enfance, ce sont elles qui donnent naissance à nos besoins. En les repérant, nous réalisons qu’elles forment comme un filet de préoccupations dont le but est de nous protéger de la répétition de ces expériences négatives initiales.
Différenciez personnalité et individualité.
Voici deux notions à ne pas confondre : la personnalité est comme notre enveloppe, développée au fil des ans et des évènements de la vie. L’individualité est notre essence profonde. Le problème est que bien souvent, nous nous identifions totalement à notre personnalité, alors qu’en fait, il ne s’agit que de notre enveloppe extérieure. Nous vivons, du coup, sous le joug de cette personnalité, sorte de personnage tyrannique, pétri de peurs et de besoins. Pour évoluer et retrouver notre individualité, c'est-à-dire notre essence profonde, ce que nous sommes vraiment, nous envoyons comme de signaux de détresse qui attirent à nous des êtres et des situations capables de faire exploser notre carapace extérieure. C’est pour cela qu’il convient d’accueillir les turbulences de la vie. Elles sont une occasion d’évoluer en profondeur. Vous êtes victime de harcèlement moral : pour une fois, réagissez différemment, au lieu de vous lamenter sur votre pauvre sort, trouvez de nouvelles ressources internes pour faire évoluer cette situation insupportable. Une fois que le changement intérieur se réalise, l’extérieur comme un écho, se met à évoluer aussi.
Redoublez de bienveillance envers vous-même.
Dans votre quête de votre essence profonde, vous allez découvrir au passage des parties de vous pas toujours jolies, que jusque-là vous attribuiez à d’autres. A ce boss harceleur, par exemple. Vous allez prendre peur : suis-je vraiment cette personne colérique, intolérante, dédaigneuse... ? C’est au moment où l’on descend en soi, où l’on découvre notre part d’ombre, qu’il faut redoubler d’amour pour soi et de bienveillance. Pour renforcer l’efficacité du travail analytique, prenez de nouvelles habitudes : manger sainement, respirer abondamment, faites des exercices réguliers. Lancez-vous dans le dessin, la musique ou toute autre activité créatrice via laquelle vous allez exprimer votre élan créateur de fond. Choisissez aussi un moyen d’expansion spirituelle : méditation, contemplation…
Bras de fer avec vos résistances.
Ne lésinez pas pour renforcer votre changement. Car sachez-le, vous allez résister. Votre dragon intérieur veille. Si vous avez envie de changer, lui veut veiller sur son vieux royaume, certes bâti sur les peurs et les besoins, mais tellement rassurant car vous en connaissez le moindre recoin. Plus vous allez changer, plus le dragon va se déchaîner. La bagarre va être redoutable. Mais tenez bon : au bout du chemin, vous attend la liberté. Et vous pouvez être sûr que le prochain harceleur ne sera pas pour vous, cette fois.








