Je viens de parler avec Thami Kabbaj, auteur de "Psychologie des grands traders" (Editions Eyrolles). Passionnant. Cet ex-trader, agrégé en économie et gestion, s'est penché sur le monde des émotions au royaume de la finance. Voici son diagnostic, limpide :
"Les grands traders réussissent car ils maîtrisent leurs émotions. Et ce n'est pas donné à tout le monde, loin s'en faut. Je vois des traders compétents, frais émoulus des plus grandes business schools, qui arrivent sur les marchés avec assurance, voire arrogance. Tout va bien, jusqu'à ce qu'ils commencent à perdre. Et là, soudain, l'homme réfléchi et sûr de lui des débuts, est tétanisé par la peur, plongé dans le doute, il se met à agir de façon irrationnelle, prend des décisions basées sur un vague tuyau donné par un collègue, sur la couverture d'un magazine, sur le temps qu'il fait... Quand il gagne, ce même trader peut aussi se mettre à agir de façon incohérente. Grisé, euphorique, il se croit désormais infaillible, se relâche et oublie toute stratégie mise en place avec soin auparavant. Et comme dans un combat de coq, farouchement décidé à prouver à son voisin, sa femme, son chef qu'il avait raison, il s'entête, essaie d'imposer son point de vue sur les marchés. Il est victime de son propre ego! Et c'est la panique. Les traders particuliers (donc pas encadrés comme peuvent l'être ceux dans une banque) qui se lancent sur les marchés de produits dérivés par exemple résistent entre six mois et un an à ce régime. La tempête des émotions est si violente qu'au-delà de ce délai, ils craquent, certains tombent dans des états dépressifs graves.
A 'inverse, des grands traders comme Georges Soros, Steve Cohen ou Richard Denis affichent des qualités communes :
- la discipline. Ils établissent chaque matin leur plan de trading. Comme pour une partie d'échecs, ils prévoient différents scénarios d'évolution des marchés : hausse, baisse, stabilité, et se préparent à réagir en conséquence. Ils travaillent énormément avant l'ouverture et après la fermeture des marchés. Comme un sportif de haut niveau, ils analysent leur stratégie, font leur autocritique, et se notent chaque jour.
- l'humilité face aux marchés. Ils acceptent la tendance du marché, savent que tout est possible. En clair, ils ne sont pas emportés par leur ego qui les pousserait à s'entêter pour prouver qu'ils ont raison.
- ils savent évacuer la pression au fur et à mesure. Paul Rotter, le grand trader d'origine allemande, basé en Suisse affiche une vraie distance par rapport aux marchés, décompresse régulièrement en vacances, pratique du sport à haute dose.









Commentaires (4)
Article très intéressant. Comme quoi, il faut de la méthode pour tout !
Publié par Blü | 14 novembre 2007 13h31
Publié le 14 novembre 2007 13:31
très bon article, de plus j'ai eu l'occasion de lire le livre "psychologie des grands traders", un livre que je conseille vivement, sûrement un best seller vu la qualité du travail effectué par mr kabbaj.
Publié par eric | 16 novembre 2007 16h28
Publié le 16 novembre 2007 16:28
Le livre de Thami est une compilation.
Il peut être considéré comme une bonne entrée en matière. Néanmoins, je conseillerais de vous référer aux travaux originaux, autrement plus développés, riches en expériences et profonds.
Même à ce niveau, ne vous limitez pas à une étude. Multipliez les points de vue.
Enfin, rien, je répète, rien ne remplace l'expérience personnelle. Je ne connais aucun, je répète, aucun trader gagnant qui ne se soit pris une grosse gamelle, qui ne se soit trouvé dans l'obligation de se remettre en question, qui ait cherché en lui les ressources nécessaires pour remonter la pente et finir, enfin, par réussir.
Des personnes, nombreuses mais dont on ne parle jamais, n'ont pas réussi et se sont tuées, j'en ai connu hélas directement ou indirectement. Des personnes qui sont devenues folles, j'en ai connu. Des personnes qui souffrent, j'en connais. Il y en a à la pelle (95% de perdants !). Même Thami a du passer par une période très dure, ça se sent, ça s'entend.
Les gens viennent au trading sans formation, sans information sérieuse, pour de mauvaises raisons, multiplient les risques, sont désarmés et inconscients, manquent totalement de sérieux, n'ont pas d'approche stratégique, confondent casino et marchés financiers, ne prennent pas le temps de comprendre et ne se donnent pas le temps.
Trader est un métier. Celà s'apprend. Il faut plusieurs années. Il n'y a pas de raccourcis. Pas de raccourcis (oui, je sais, mais je veux insister). On considère aujourd'hui qu'il faut en moyenne 10 ans pour former un expert (entre 8 et 12 ans). Trader est un métier et pour l'apprendre, il faut du TEMPS.
Mais le temps coûte cher. Il faut non seulement de l'argent pour assurer sa subsistance mais aussi pour travailler et apprendre. C'est un investissement: un capital pour vivre le temps d'apprendre (plusieurs années) en considérant ce qui est prévisible et ce qui ne l'est pas, et un capital de travail en considérant l'impact des erreurs inévitables, obligées mais indispensables à la condition sine qua none qu'on s'attache à en tirer un enseignement afin de l'éviter ultérieurement, l'impact des imprévus, l'impact des frais liés au fonctionnement du compte. Enfin, il faut prendre en compte la fiscalité. Pour devenir trader il faut donc, aussi, de l'ARGENT.
Mais l'argent et le temps ne sont pas tout, loin de là. Ce n'est que le début. Pour faire très vite: il faut beaucoup de motivation, de passion, de détachement, de dévouement, d'attention, de concentration, de travail, de discipline, de rigueur, de remise en question, d'humilité. Il faut aussi des vacances, du sport, un entourage qui vous soutiennent et sur qui vous puissiez compter, un autre regard sur la vie, de l'amour, des voyages, un engagement, aider autrui, chercher à s'améliorer. L'état de santé est primordial, l'état psychologique est crucial (merci à Thami de le rappeler). Il faut aussi grandir, éviter les multiples pièges et tentations, rester très critique mais nuancé, sceptique mais toujours optimiste et chercher à le rester, indépendant d'esprit, cohérent. Le trading amène à voir les choses autrement, d'une manière très pragmatique et simple mais profonde. La réalité est telle qu'elle est. Celà peut être déroutant mais est finalement agréable et ne doit pas empêcher de faire le choix, libre, d'essayer de contribuer, à son modeste niveau, d'arranger les choses, d'aider les autres.
Pour finir, je déconseille vivement à qui que ce soit d'aller dans cette direction. Les professionnels et les gens talentueux sont vos adversaires. Ils ont la connaissance, l'expérience, l'infrastructure. Ils échangent constamment entre eux, s'améliorent sans cesse, ont à disposition des docteurs en mathématique, physique, statistiques, mangent à midi avec les directeurs de sociétés, profitent d'informations privilégiées etc etc etc.
Vous n'avez aucune idée de ce dans quoi vous vous engagez si vous décidez, comme B. ou comme P. avant vous l'ont fait, de vous lancer. B. et P. ne sont plus de ce monde aujourd'hui.
Tout ce que je viens de raconter est bien sûr tout à fait incomplet. Le tableau peut être plus noir encore. Pour tout dire, l'accès aux marchés financiers devrait être interdit au profane ou bien une formation digne de ce nom devrait être obligatoire. Sinon, fuyez, vous n'imaginez pas où vous mettez les pieds. Et ça, jamais ou presque personne ne vous dira la vérité.
Publié par boudou | 10 février 2008 23h14
Publié le 10 février 2008 23:14
Cette dernière intervention est sans doute pleine de bonne foi et de bon sens pour nombre de jeunes chiens fous. Cependant vouloir empêcher quiconque de jouer sur les marchés est quand même fort de café. Certains de vos amis y ont peut-être laissé leur santé en étant de grands rêveurs, mais je ne vois pas pourquoi je devrais abandonner les compléments de salaires que je parviens à générer le soir sur les marchés us, sous pétexte que d'autres s'y sont brûlé les ailes.
Gagner en bourse sur la durée est loin d'être une utopie pour les non-initiés avec une méthode réfléchie et disciplinée. Votre approche est très pessimiste et ne peut en aucun être généralisable.
Publié par Anonyme | 12 mai 2008 15h45
Publié le 12 mai 2008 15:45