Le narcissisme concerne tous les grands dirigeants. "A petite dose, il permet aux leaders de nourrir une bonne image d'eux-même. A haute dose, il devient dangereux...pour l’entreprise", m'expliquait tout récemment Bénédicte Haubold, auteur de « Vertiges du miroir, le narcissisme des dirigeants» (1). Les signes les plus fréquents de dérive ? Un turnover important dans les comités de direction : d’un seul coup, plus personne ne convient, les comités sont transformés en chambre d’enregistrement. Le patron prend les décisions tout seul, ne laisse plus personne entrer dans sa bulle paranoïaque. Stade ultime : il se confond avec l’image projetée par son entreprise. Il pratique alors «la prophétie créatrice», en clair, il prend ses désirs pour la réalité. On est là dans le fantasme de toute puissance infantile. Il se rend parfaitement compte de son vide intérieur. Pour le combler, il pratique la fuite en avant via la suractivité. "Narcisse est triste. La plupart des grands dirigeants ne s’aiment pas», constate Bénédicte Haubold, qui a rencontré un grand nombre de PDG pour ses recherches. Et de préciser : "Beaucoup d'entre eux s’admirent, mais ce n’est pas du "vrai" amour. Nombre d'entre eux sont embourbés dans leur image extérieure, et luttent pour la pérenniser, sans se soucier de ce qu’ils sont vraiment, en essence».
Et vous ? Quid de votre narcissisme ? Manager d’une équipe de cinq personnes ou dirigeant du Cac 40 , le risque reste le même : prendre la grosse tête et se couper de l’extérieur.
Bénédicte Haubold (par ailleurs à la tête du cabinet Artelie, spécialisé dans l’anticipation et la résolution de situations humaines difficiles) vous livre ici des questions utiles pour prendre du recul et faire le point.
- Quelle image avez-vous de vous-même ? Il est nécessaire d’avoir une conception de soi positive pour la construction de son identité. Cette image dépend du regard des autres, et en premier lieu, de celui des parents et des personnes qui ont compté pour vous dans vos premières années. En entreprise, le dirigeant doit comprendre ce que le regard des proches (comité de direction, adjoints, assistantes…) suscite chez lui. Et ce qu’il en fait dans son management.
- Exercez-vous à repérer les signaux de basculement dans un narcissisme "négatif". Vérifiez au quotidien que vous êtes toujours en lien avec vos collaborateurs.
- Réfléchissez à votre position actuelle de leader : pourquoi avez-vous voulu décrocher la première place? Quelles sont les raisons profondes ? Utilisez-vous cette fonction pour votre propre intérêt ou êtes-vous vigilant à l’intérêt de l’entreprise ?
- Etre dirigeant correspond-t-il à ce dont vous rêviez petit, et quels étaient vos rêves à l'époque ?
- Plongez plus profond en vous, même si, là tout de suite, cela peut vous sembler incongru : « Ai-je été assez aimé pour poser sur moi un regard bienveillant, et pour être en mesure d’aimer les autres ? Qu’est-ce que je veux réparer en ayant tant travaillé pour avoir cette position ? Après quel regard je cours ? Celui de mon père, de ma mère ? De quoi aurais-je besoin pour être rassuré et m’aimer moi-même vraiment ?
(1) Publié aux éditions Lignes de repères, 2006.








