"L'entreprise est en état de guerre"
Suicides de salariés, souffrances au travail, mal-être professionnel..."L'entreprise est en état de guerre", estime Jérôme Heuzé. Pour le co-auteur de l'ouvrage "Insupportables pratiques- Guide d'action pour lutter contre les abus de pouvoir, les manipulations..." (Editions Eyrolles) : "tous les moyens sont bons en entreprise pour réaliser un objectif, sans se soucier des dommages collatéraux sur l'être humain. Le contexte de pression permanente excite les plus bas instincts, les abus de pouvoir s'additionnent et rendent l'ambiance de travail insupportable. Les plus faibles sont écrasés". Jérôme Heuzé classe en trois catégories les techniques entraînant chez les salariés une grande souffrance au travail. Exemples.
Les agressions directes.
- Le mobbing: "cette pratique, particulièrement appréciée des petits chefs à grands pouvoirs et autres complexés de l'infériorité vient de l'anglais : to mob, soit attaquer, malmener, harceler, terroriser. La panoplie est large : omission volontaire, oubli de convocation, non transmission d'informations ou encore, attaques directes, mutation, suppression d'avantages en nature, médisances, rumeurs, calomnies, injures, humiliation publique..."
- Le ranking à quota: "il s'agit d'établir des quotas de notations, imposant un pourcentage fixe de salariés dans des tranches fixées a priori. L'objectif de cette pratique psychorigide est de pouvoir reclasser ou virer chaque année les salariés de la dernière tranche, soit 5%, 10% ou 15%, selon les cas, quoi qu'il arrive".
Les agressions indirectes.
Whistleblowing : "c'est le nom anglo-saxon pour désigner la délation organisée. Aujourd'hui, certaines entreprises demandent aux salariés de donner l'alerte en cas de constat de comportement frauduleux. A leur disposition, elles créent des téléphones rouges, une boîte mail anonyme, un comité d'examen des alertes".
Cadre de travail émollient.
Coaching par un entraîneur de football, incentives en forêt de Fontainebleau... "Avec toutes ces formations, on prend les salariés pour des imbéciles, on ne leur parle pas des problèmes qui fâchent, on est là pour leur expliquer que ce qui se passe dans l'entreprise est très bien. Cela crée de la frustration chez les collaborateurs, qui ont surtout un besoin vital de parler des vrais problèmes".
Et vous, estimez-vous que votre entreprise est en état de guerre ?








