« Négociation et psychologie | Accueil | Père et cadre sup, comment équilibrer votre vie? »

 

5 février 2008

"L'entreprise est en état de guerre"

Suicides de salariés, souffrances au travail, mal-être professionnel..."L'entreprise est en état de guerre", estime Jérôme Heuzé. Pour le co-auteur de l'ouvrage  "Insupportables pratiques- Guide d'action pour lutter contre les abus de pouvoir, les manipulations..." (Editions Eyrolles) : "tous les moyens sont bons en entreprise pour réaliser un objectif, sans se soucier des dommages collatéraux sur l'être humain. Le contexte de pression permanente excite les plus bas instincts, les abus de pouvoir s'additionnent et rendent l'ambiance de travail insupportable. Les plus faibles sont écrasés". Jérôme Heuzé classe en trois catégories les techniques entraînant chez les salariés une grande souffrance au travail. Exemples.
Les agressions directes.  
- Le mobbing: "cette pratique, particulièrement appréciée des petits chefs à grands pouvoirs et autres complexés de l'infériorité vient de l'anglais : to mob, soit attaquer, malmener, harceler, terroriser. La panoplie est large : omission volontaire, oubli de convocation, non transmission d'informations ou encore, attaques directes, mutation, suppression d'avantages en nature, médisances, rumeurs, calomnies, injures, humiliation publique..."
- Le ranking à quota: "il s'agit d'établir des quotas de notations, imposant un pourcentage fixe de salariés dans des tranches fixées a priori. L'objectif de cette pratique psychorigide est de pouvoir reclasser ou virer chaque année les salariés de la dernière tranche, soit 5%, 10% ou 15%, selon les cas, quoi qu'il arrive".
Les agressions indirectes.
Whistleblowing : "c'est le nom anglo-saxon pour désigner la délation organisée.  Aujourd'hui, certaines entreprises demandent aux salariés de donner l'alerte en cas de constat de comportement frauduleux. A leur disposition, elles créent des téléphones rouges, une boîte mail anonyme, un comité d'examen des alertes". 
Cadre de travail émollient.
Coaching par un entraîneur de football, incentives en forêt de Fontainebleau... "Avec toutes ces formations, on prend les salariés pour des imbéciles, on ne leur parle pas des problèmes qui fâchent, on est là pour leur expliquer que ce qui se passe dans l'entreprise est très bien. Cela crée de la frustration chez les collaborateurs, qui ont surtout un besoin vital de parler des vrais problèmes".

Et vous, estimez-vous que votre entreprise est en état de guerre ?

TrackBack

URL de TrackBack de cette note:
http://blogs.lexpansion.com/cgi-bin/mt-tb.cgi/4574

Commentaires (6)

Claude:

Si chacun d'entre nous était capable de dire la contribution de son poste dans la construction et dans la valeur d'une entreprise, alors nous serions tous des entrepreneurs. Aujourd'hui tel n'est pas le cas, parce qu'il est plus facile de s'approprier la valeur produite que de la produire soit même. Tricher est valorisé, risquer est périlleux. C'est plus facile de jouer avec l'argent des autres que le sien. Faite de chacun un entrepreneur, il n'y pas d'Hommes sans projet ni de projet sans Hommes, et vous verez que les gens s'aideront parce qu'ils auront besoins les uns des autres. Cela commence simplement par une prise de conscience : à quoi je sers et qu'est ce que je veux faire de ma vie !

Mon entreprise n'est pas en guerre, c'est la mienne. Pour moi, la concurrence est un excellent stimulant mais nullement un ennemi. Si je me fais attaquer, j'analyse la situation: se défendre ou courir? C'est comme la loi de la rue.
Entrer en guerre, cela veut dire se fragiliser.
Il y aura toujours des personnes dont la priorité est la déstabilisation de l'autre et non l'achèvement du travail effectif. Les raisons pour ce comportement sont multiples et elles changent suivant les structures de l'entreprise.


America Heure Avertisseur:

Dans mon entreprise, filiale d'une multinationale américaine, ranking à quota et formations de développement personnel ont cours. Par contre, il y a un tel décalage avec les aspirations, bien légitimes, des salariés que l'image du haut management est plus de mauvaise. L'enquête d'opinion annuelle anonyme produit toujours des résultats éloquents (manager direct ok mais stratégie et haut management dans le rouge). En résumé, les salariés se sentent bien dans leur job et dans leur service mais n'ont aucune confiance en l'avenir et envers les dirigeants. Si on rajoute à cela les mauvaises communications et les obligations d'adhésion à des règlements édictés par la maison mère américaine (comprenant une bonne part de Whistleblowing), on comprend que les gens sautent sur le premier Plan social à disposition...

America Heure Avertisseur: quelle bonne analyse en quelques mots!

Il est connu que le Français n'est pas amateur des méthodes dites américaines. Comment se fait-il qu'il se laisse enrôler aussi facilement? Les réponses, nous les connaissons, car nous sommes humains et faibles. Il suffit d'avoir un crédit et des enfants.
Mais nos cadres oublieront tout cela en 2008, paraît-il: ce sera un grand crû pour eux. Ils ne tireront pas sur leurs dirigeants.

andré:

La méthode de ranking par quotas, une méthode de guerre ?? Au risque de paraître pour un brutal libéral sanguinaire, je vous rapelle que c'est une méthode recommandée par de nombreux cabinets de RH (Hay notamment..) et utilisée par de nombreux groupes, qui ne travaillent pas dans l'armement que je sache ;-)...La notation des individus reste subjective et relative (vous êtes toujours noté par rapport aux autres, que vous le vouliez ou non).

Les temps changent, et il est utile de reconnaître des tendances et priorités (voir le dernier article de ce blog ("père et cadre sup...").
Au risque de faire passer quelques managers pour des papis précoces .... nous tenons de plus en plus au bien-être. Les pères d'aujourd'hui ne voudraient pas forcément se trouver au terminal de Hongkong et entendre sur le portable les premiers mots de leur enfant.

Les grands cabinets de recrutement sont payés par leurs clients et se plient aux exigences. Ils n'hésitent pas à faire passer des tests psy aux candidats dans lesquels ils pensent trouver le profil qui conviendra. Les mauvais sont "éliminés". Ils poussent le délire jusqu'à prendre conseil auprès d'une "médium". Pourquoi ne pas prendre une nuit de pleine lune dans une forêt et jeter des œufs pourris par dessus l'épaule?
Lors des "restructurations" ou "plans sociaux", on parle de "dégraissage". Le harcèlement moral est un moyen de dégraissage détourné et moins cher que le licenciement. Le langage est à la hauteur de l'enjeu.
Depuis quelque temps, des associations se créent pour appuyer une éthique au travail, dans les entreprises. Il est grand temps. Mais nous savons tous que chacun tirera la couverture vers soi. N'est-ce pas?

Poster un commentaire

(Si vous n'avez pas encore écrit de commentaire ici, vous devez être approuvé par le propriétaire du site avant que votre commentaire n'apparaisse. En attendant, il n'apparaîtra pas sur le site. Merci de patienter).