L'assourdissant silence patronal

Je ne sais pas vous mais moi, je n'ai pas beaucoup entendu le patronat s'exprimer sur le fond du projet gouvernemental de réforme de l'aménagement du temps de travail. Je ne parle pas de la CGPME et de l'UPA qui ont applaudi des deux mains le volontarisme du gouvernement et l'ont même appelé à aller plus loin. Certes Laurence Parisot a poussé des cris d'orfraie en appelant à respecter la position commune signée avec la CGT et la CFDT. Mais rien d'autre. Le service minimum patronal tant la présidente du Medef est ravie de la nouvelle liberté donnée aux entreprises de négocier leur temps de travail. Elle l'avait d'ailleurs réclamé par le passé à de nombreuses reprises.

Et l'UIMM dans tout ça ? Qu'en pense la fédération de la métallurgie dont l'expertise sociale a toujours fait référence mais qui brille par sa discrétion ? L'organisation patronale préfère se taire par peur d'afficher son embarassante... schyzophrénie. Car d'un côté son état major soutient Laurence Parisot et dénonce à mots couverts le mauvais coup fait au dialogue social. Et d'un autre, ses mandants, les patrons metallos, sont satisfaits des mesures prises qui correspondent à ce qu'il appelaient de leurs voeux. Et, pour lier l'utile à l'agréable, autant laisser Laurence Parisot se débattre seule avec ses contradictions...

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3 commentaires

L'UIMM est confrontée au même problème que toutes les autres fédérations du Medef. Elle est obligée de critiquer cette parodie de dialogue social et appeler à respecter la position commune. Mais elle est également bien contente que le gouvernement ait pris de telles mesures pour leur permettre de défaire réellement les 35 heures dans les entreprises. Ce n'est pas de la schyzophrénie, c'est du bon sens et de la tactique politique. Rappelons-nous que l'UIMM, présente lors des négociations et de la conclusion de la position commune, ne voulait d'article sur le temps de travail car elle était certaine qu'il n'irait jamais aussi loin que ce qu'il faudrait faire et que ce que le gouvernement serait en mesure d'accepter. Si elle a perdu de son pouvoir d'influence, elle semble toujours dans le vrai...

Vous voulez savoir ce qu'on en pense, nous les chefs d'entreprise ? Pas ceux du CAC 40 mais ceux qui tous les jours vont chercher des contrats, préparent les fiches de paye avec leurs comptables, trouvent des solutions quand des salariés sont malades et bossent tous les jours de la semaine ? Et bien, on laisse le Gouvernement et les grands chefs syndicaux à leurs négos et nous on discute directement avec nos salariés. Parce que dans une entreprise de 17 salariés, on se connait tous. Et on s'arrange entre nous. Alors, arrêtez d'empiler les lois. Faites des choses simples. Demandez nous notre avis et laissez vos tactiques de côté !

Adhérent du CJD (mais les opinions que j'exprime ici n'engagent que moi), je dirige une filiale d'un grand groupe US. J'ai 33 salariés avec moi pour produire des Dispositifs Médicaux. Les 35 heures, nous y sommes passés en 1999, avec les lois Aubry 1. Combien de "grosses" boîtes ont anticipé comme nous, combien ont essayé de tirer partie du nouveau carcan ?... et surtout, combien parmi celles du CAC 40 ? Aujourd'hui, nos salariés travaillent 39 heures par semaine, mais compensent en JRTT. En retour, les salaires ont été gelés pendant 3 ans, et progressent très doucement. En 1999, il nous a été très difficile d'expliquer la logique des lois à nos patrons US, mais l'usine fonctionne bien maintenant et le climat social est serein. Personne au sein de l'usine, je dis bien PERSONNE, ne souhaite revenir sur ce fonctionnement.
Les salariés y ont gagné des journées de repos, l'usine y a gagné de la flexibilité et de la modération salariale (le gagnant-gagnant est possible !).
Heureusement que nous n'avons pas attendu ces messieurs des syndicats de salariés ni ceux du MEDEF-Paris pour PARLER à nos salariés, DIALOGUER et NEGOCIER avec eux.
Les élucubrations et gesticulations actuelles ? Elles viennent bien tard, et risquent fort, si mal menées, de fiche par terre des années de vrai dialogue social au sein de l'immense majorité des entreprises françaises, c'est à dire au sein des PME !
Les Dirigeants de ces PME ont déjà fait le grand écart schizophrénique entre la nécessaire profitabilité de leurs entreprises et la non moins nécessaire paix sociale. Les contraintes économiques introduites par les 35h les ont obligés à une grande fermeté sur les salaires, à priori contraire à l'objectif de paix sociale. Pour surmonter ce handicap, ils ont dû trouver des solutions innovantes, et ré-inventer parfois le dialogue social de leur entreprise. Maintenant que cette étape est franchie et digérée, le Gouvernement veut de nouveau changer les règles du jeu... Stop ! Les relations sociales recouvrent des enjeux de performance globale trop importants pour être galvaudés de la sorte.
Opinion personnelle:
Une politique de Gribouille en 99, un "rattrapage aux branches" au sein des PME entre 2000 et 2002, une relative stabilité sociale maintenant. Un problème de chômage en 99, une vision socio-économique étriquée, une loi idiote car appliquée sans discernement (mais finalement digérée par la société), aujourd'hui un problème de pouvoir d'achat de plus en plus prégnant. Ironie suprême, ceux qui pâtissent le plus des 35h sont ceux qui souffrent le plus de la chèreté de la vie, c'est à dire les personnes dont les revenus sont les plus modestes.
Schizophrénie absolue de la part de notre "bulle technocratique": les socialistes ont fait une loi qui, appliquée avec de l'intelligence organisationelle (celle du cerveau) et relationelle (celle du coeur), peut profiter aux entreprises (flexibilité et modération salariale). Mais combien d'entreprises du CAC 40 tiennent vraiment compte de l'intelligence relationelle dans la sélection de leurs dirigeants ?
En plus, les néo-libéraux (qui sont au vrai libéralisme ce que la musique militaire est à la musique) au pouvoir actuellement veulent détricoter ce qui a fini par fonctionner tant bien que mal, et cela par pur aveuglement idéologique (Gribouille again !).
Une question me vient à l'esprit: Il y a plus d'un million de PME/TPE en France qui comptent plus d'un salarié. Soit plus d'un million de dirigeants et d'entrepreneurs dont le quotidien est fait de dialogue social. Sur ce sujet épineux, pourquoi le gouvernement ne discute t'il qu'avec les seules entreprises dont la direction est à 4 ou 5 échelons hiérarchiques du terrain ?
Anecdote personnelle:
Mes patrons US sont abasourdis par la société française, qu'ils ne comprennent pas. Dans nos discussions sur ce thème, ils alignent toutes les barrières au "business" que les entreprises françaises rencontrent. L'étalage est accablant. Mais, à la fin de cette partie de tir aux pigeons, je leur fait la remarque suivante: "vous avez raison, c'est incroyable qu'avec autant de bâtons dans les roues, la France soit la cinquième ou sixième puissance industrielle mondiale, à égalité avec le Royaume Uni; systèmes différents, mais qui fonctionnent tous les deux". En général, ils en restent comme deux ronds de flan. Et je me dis in petto que si le plus haut niveau de notre classe politique était moins bornée (toutes tendances politiques confondues), notre modèle économique offrirait une vraie alternative, plus sociale tout en restant très profitable financièrement, au modèle anglo-saxon qui écrase notre planète de son pragmatisme à courte vue.

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Les questions sociales, en constante évolution, sont complexes et difficiles à décrypter pour un non-initié. Et pourtant le social, comme l’économie, est au cœur de tout : de la vie des entreprises, des relations politiques, du dialogue syndicats/patronat, de la mondialisation, du quotidien des gens. Bref, au cœur de la vie.

Comprendre le social, c'est donc une nécessité si l'on veut saisir au mieux le monde dans lequel on évolue. Décrypter ses jeux de rôle, analyser ses non-dits ou révéler ses supercheries en fait également parti. Et c'est ce que je vous propose de faire, humblement, dans ce blog.

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