Miroir social, le réseau d'informations sociales, vient de lancer une discussion intéressante sur ce que devrait être un syndicalisme de services en France.
Les accords négociés dans les entreprises doivent-ils s'appliquer uniquement aux adhérents des syndicats signataires ? Histoire de contourner le fameux dilemme du "passager clandestin" : le salarié qui bénéficie des avantages acquis par la lutte sans avoir fait un seul jour de grève.
Les syndicats doivent-ils se centrer sur l'accompagnement des parcours professionnels de leurs adhérents, donner des conseils de gestion pour se doter d'une bonne retraite, aider à choisir sa mutuelle santé, assurer une assistance juridique civile, verser une sur-allocation chômage, fournir un complément de revenus à ses encartés en cas de grève... ?
Bref accorder des services, en contrepartie d'une cotisation. Personnellement, je suis pour ce genre de système plus responsabilisant et plus clair. Mais ce n'est pas demain la veille qu'on y parviendra en France. Dans les pays où le syndicalisme de services est une réalité, les cotisations représentent plus de 80% des recettes des centrales (30% en France en moyenne), ce qui leur garantie une puissance et une indépendance financières. Conséquence, les taux de syndicalisation vont de 30% en Allemagne à 75% en Suède... contre 8% dans l'Hexagone. Cherchez l'erreur...
Et vous, vous en pensez quoi ?









Le syndicalisme de services c'est un idéal pour tous. Aujourd'hui les syndicats sont essentiellement mobilisés "contre les réformes" et "pour les résultats électoraux" permettant de mesurer leur représentativité !
Je pense que s'ils étaient plus attirants, plus modernes, plus féminisés, plus représentatifs de la société française (+ dans le privé et - dans le public), ils auraient aussi plus d'adhérents. Ils pourraient alors attirer de nouveaux talents et promouvoir de nouvelles idées.
Ils passeraient alors à une nouvelle phase de mobilisation: adhérez à un syndicat pour défendre vos droits de salariés et proposer de nouvelles réformes. Car depuis longtemps on ne prend carte syndicale qu'avant d'avoir un dossier aux prud'hommes ou besoin d'un renseignement sur son contrat de travail !!! Alors séduisez-nous messieurs les syndicalistes et soyez concrets !
syndicalisme de services = salariés à deux vitesses. si les accords ne concernaient que les salariés adhérents des syndicats signataires, il y aurait deux droits dans l'entreprise. je ne vois pas comment on pourrait l'accepter d'un point de vue constitutionnel. le meilleur des accords est celui majoritaire absolu, signé par un syndicat (ou une coalition de syndicats) représentant au moins 50% des salariés dans l'entreprise. quant à fournir des services en contrepartie de l'adhésion, pourquoi pas mais il faudrait alors commencer par augmenter le montant des cotisations pour financer les nouveaux services, histoire d'amorcer la pompe. le serpent qui se mord la queue...
On pourra regretter que la culture du "service" ne fait pas véritablement partie de la culture syndicale française... D'ailleurs, dans les organisations syndicales, ceux qui privilégient cet aspect - par exemple le conseil juridique - passent souvent pour "ringards". L'organisation n'a-t-elle pas tant d'autres tâches, plus nobles, plus politiques, à faire ? Ainsi, les syndicats français, longtemps dominés par une dimension idéologique, s'apparentent aujourd'hui à de petites entreprises militantes - ou entreprises de morale -en quête de ressources - notamment juridiques ou financières - afin de pérenniser ou consolider leurs positions. Dans ce contexte, les intérêts de ceux qu'ils sont censés représenter semblent souvent secondaires. Cela explique une spécificité française : un syndicalisme sans adhérents ou un syndicalisme qui n'a guère besoin d'adhérents et, donc, des organisations sans véritables racines sociales, lançant des mots d'ordre qui n'ont pas besoin d'être suivi - comme le 17 juin 2008 - mais cela apparaît finalement et étonnamment sans conséquence... Bien plus, il se trouve même des organes de presse qui, quelques jours après pareil désaveu, indique que quelque 60% des salariés auraient confiance dans les syndicats... Or c'est bien dans les "services aux adhérents", dans la restauration d'un lien - qui ne soit pas uniquement formel ou à sens unique -, bref dans un changement culturel, que se trouve la clé de l'avenir du syndicalisme... et des relations sociales.