Vous connaissez la dernière de Patrick Devedjian ? Non ? Histoire d'en remettre une petite couche sur les 35 heures, l'incontrôlé SG de l'UMP a déclaré lundi à mon excellent confrère Rémi Barroux dans un article du Monde, je cite : "Il n'est pas normal que le travailler moins, les 35 heures, coûte plus de 15 milliards d'allégements de charges par an alors que le travailler plus, le dispositif des heures supplémentaires, ne coûte que 6 milliards." Cette fois encore, l'ancien ministre délégué à l'Industrie aurait mieux fait de tourner 7 fois sa langue sans sa bouche avant de parler...
Passons sur l'estimation du coût des allégements de charges liés aux 35 heures qui, en fonction des orateurs et des humeurs, varie de 15 à 25 milliards. Passons... Le patron de l'UMP oublie un point fondamental : les allégements de charges actuellement consenties (elles pèsent 21 milliards d'euros en 2008) n'ont plus de lien (direct) avec les 35 heures mais visent à diminuer le coût du travail sur les bas salaires et les emplois peu qualifiés. Flash-back.
Ce coup de pouce inconditionnel a été institué en 1993 par Edouard Balladur et amplifié deux ans plus tard par Alain Juppé pour atteindre alors, de mémoire, 6 à 8 milliards d'euros. Ce n'est que lorsque la gauche est revenue au pouvoir en 1997 que les allégements de charges consenties ont été conditionnées aux 35 heures. Précisément à la création d'emplois. Le deal était clair : si une entreprise embauchait après avoir réduit son temps de travail, l'Etat compensait l'augmentation induit sur le coût du travail en allégeant ses charges. Et effectivement les allégements de charges ont explosé en 2002 pour atteindre 15 milliards en année pleine. Je répète : en 2002, soit il y a 6 ans...
Car cette année-là, la droite revient aux affaires et François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, déconditionne les allégements de charges qu'il étend même jusqu'à 1,7 smic. Ces ristournes ne sont donc plus consenties en contrepartie de créations d'emplois, mais accordées automatiquement sur tous les bas salaires. Depuis, le plafond a été ramené à 1,6 smic (on parle de le redescendre à 1,3) et le volume des allégements a gonflé en 6 ans de plus de 6 milliards, soit l'équivalent de ce que coûte le dispositif des heures sup !
Une fois de plus, les faits en matière sociale sont tétus et on ne peut pas faire dire n'importe quoi aux chiffres. A bon entendeur...
Photo : Assemblée nationale.









Devedjian ne sait peut-être pas compter mais il a des talents de lobbyste indéniables auprès du gouvernement. Pour peu qu'il soit le fossoyeur des 35 heures, on oubliera qu'il triche avec les chiffres.
Remplacer Mme DATI par Monsieur DEVEDJIAN
Bravo pour ce blog!
Bravo, justice est enfin faite. Ça fait un moment que l'assimilation des allégements de charges et des 35h me gonflait. Au moins là, c'est dit.
bravo pour votre blog
Dans la catégorie "j'invente des statistiques bidon dès que j'en ai besoin", Devedjian n'est qu'un élève appliqué à côté du grand magicien Sarkozy.
Décidement c'est contagieux deja le 20 mai a Orleans
M.SAROSY avancait des durées de travail sur les dockers de Barcelone et d'Anvers totalement fantaisiste (4000h/an).Annoncer des bons chiffres
est un metier et nos hommes politiques n'ont pas recu la bonne formation
Selon Les Echos:
"Sur les 20 milliards d'euros actuels de baisse des charges, 8 milliards sont antérieurs à la mise en place des 35 heures. Le reste, soit environ 12 milliards d'euros, correspond à l'accroissement des allégements liés à la RX1 : compensation du surcoût horaire pour les entreprises ayant réduit la durée du travail et compensation des fortes hausses du SMIC intervenues entre 2003 et 2005 pour les autres". Donc il y a bien 12 milliards dus aux 35 heures !!! Devedjian n'est pas si loin ...
Conclure que 12 milliards d'euros d'allégements actuels de charges sont encore liés aux 35 heures est, selon moi, une erreur. Ou tout du moins une exagération de la réalité.
Primo parce que toutes les entreprises (celles de moins de 20 salariés) qui bénéficient d'allégements de charges n'ont pas réduit leur temps de travail et n'ont donc pas supporté d'augmentation du coût de leur travail non qualifié.
Deuzio parce que les hausses successives du smic de ces dernières années ne sont qu'indirectement liées aux 35 heures. Qu'il est fallu harmoniser les 7 smic hérités des 2 lois sur les 35 heures et que cela ait eu un coût important, c'est évident. Mais rien, si ce n'est une décision politique, ne justifiait les coups de pouce qui ont été consentis ces dernières années en plus de l'augmentation légale du salaire minimum indexée sur l'évolution du coût de la vie.
Tertio parce que les entreprises qui ont subi les 35 heures de plein fouet ont eu le temps de se réorganiser et d'aménager leur circuit de production en dégageant des marges de manœuvres nouvelles et de forts gains de productivité qui ont de facto réduit l'addition. Elles ont également bien souvent gelé ou réduit les augmentations salariales sur plusieurs années, ce qui a eu également un effet sur le coût du travail.
De plus, personne ne remet en cause aujourd'hui l'existence même de ces 21 allégements de charges : juste leur inconditionnalité. On veut les lier à gauche à la qualité des salaires, aux négociations salariales à droite. Les supprimer, selon certaines études, augmenterait le coût du travail non qualifié et détruirait beaucoup d'emplois. D'aucuns parlent même de plusieurs centaines de milliers...
Mais qui etes vous M.Donnadieu pour estimer qu'à 3 milliards d'euros pres on est pas si loin!!!!Avez vous une idée de ce que représente une telle somme?
Un petit conseil entre amis surtout evitez de faire de telle analyse devant des chomeurs ou des smicards