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Les Rmistes à l'ANPE, c'est pas gagné !

Eric Besson a présenté ce matin son rapport "Accompagner vers l'emploi : les exemples de l'Allemagne, du Danemark et du Royaume-Uni" qui présente une analyse comparée intéressante des dispositifs d'insertion des personnes les plus éloignées du marché du travail dans ces 3 pays. Trois pays aux traditions sociales différentes mais qui ont simplifié leur système d'indemnisation, durci leurs conditions d'accès à l'assurance-chômage et renforcé les contreparties exigées auprès des demandeurs d'emploi. Trois pays aux modèles sociaux opposés mais où "la démarche de suivi personnalisé s'est étendu à tous les demandeurs d'emploi", a précisé le secrétaire d'Etat à la Prospective.

A la question de savoir si, comme c'est peu ou prou le cas dans ces pays, tous les demandeurs d'emploi devront obligatoirement s'inscrire à l'avenir dans le nouveau service public pour l'emploi, et notamment les bénéficiaires de minima sociaux (un tiers des Rmistes sont inscrits - correction apportée le 20/08 alors que j'avais écrit le contraire suite à un commentaire de Sophie), son homologue Laurent Wauquiez, présent lors de la présentation du rapport, a répondu que "inscrire pour inscrire ne sert à rien. Il faut parfois réfléchir en amont à un parcours de consolidation sociale avant de penser à leur orientation professionnelle et c'est ce sur quoi on travaille depuis six mois dans le Grenelle de l'insertion." En language non politiquement correct, la réponse est donc NON : pas question de rendre obligatoire l'inscription à l'ANPE des Rmistes. C'est Martin Hirsch, qui ne cesse de le réclamer depuis un an, qui va être content !!!

Le secrétaire d'Etat à l'Emploi a également indiqué que, selon lui, "15 à 20% des demandeurs d'emploi ont des difficultés avec les savoirs de base", comme l'écriture, le calcul ou même la maitrise de l'ordinateur. Et qu'il ne sert donc à rien de proposer des formations de rédaction de CV s'il n'y a pas de maitrise préalable des savoirs de base. "Nous allons mener dans les 6 mois qui viennent une réflexion pour améliorer nos outils dans ce domaine", a-t-il précisé. Je ne sais pas vous mais, moi, je pensais que c'était déjà l'un des rôles du service public de l'emploi : amener vers l'emploi. Il faut croire que non...

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Oui au RSA !

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J'ai animé ce matin le premier "Face-à-Face de L'Expansion", monté en partenariat avec l'agence de communication Euro RSCG C&O, et dont le principe est de mettre pendant une heure autour d'une même table un décideur politique qui conduit une réforme sociale et des cadres d'entreprises. En petit comité, sans filet et OFF the records, comme on dit dans la presse. Le premier invité de ce nouvel événement d'influence était... Martin Hirsch, le haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Sans défleurer le fond de la discussion (c'était OFF), je voudrai partager avec vous 3 chiffres qui démontrent, selon moi, l'utilité du RSA.

1) 34% des bénéficiaires du RSA qui ont retrouvé un emploi dans les départements qui expérimentent cette nouvelle prestation sociale étaient au RMI depuis... plus de 4 ans. Preuve, s'il en fallait une, que le RSA ne vise pas que le haut du "stock" des Rmistes (les plus employables) si vous me passez l'expression, et qu'il peut avoir une vraie fonction d'insertion même pour ceux qui sont très éloignés du marché du travail.

2) 1% des fonds de la Prime pour l'emploi (4,2 milliards d'euros au total pour près de 8,9 millions de personnes) vont... aux 10% des ménages les plus riches en France. Soit 45 millions destinés au décile le plus favorisé. Pis, 8% de la PPE (près de 400 millions) vont au tiers de la population ayant les revenus les plus élevés. On fait mieux comme "redistribution sociale"... Une redéfinition et un meilleur ciblage de la PPE, notamment pour financer une partie du surcoût du RSA, sont donc justifés et l'argument de dire qu'en tirant sur la PPE on prend aux pauvres pour donner aux plus pauvres est quelque peu fallacieux.

3) Sur les 50 000 et quelque Rmistes recensés à Paris, 10 000 sont... artistes. Soit 1 sur 5. Au-delà de ce chiffre ahurissant, ce qui est "drôle", c'est qu'il n'y avait jusqu'à peu qu'une seule personne à la mairie pour gérer leur parcours d'insertion. 1 seul agent pour 10 000 allocataires. Tout est dit.

Juste une remarque, pour conclure. On le sait, un tiers des 1,2 millions de RMistes sont inscrits à l'ANPE. Et on sait pourquoi : s'ils étaient obligés de le faire, ils gonfleraient les statistiques du chômage. Mais savez-vous que rien n'empêche aujourd'hui un conseil général de lier sur son territoire l'attribution du RMI à l'inscription à l'ANPE ? Rien, si ce n'est une décision politique. Et pourtant, pas un président de département (de droite comme de gauche) ne l'a décidé. Je vous laisse deviner pourquoi !

Photo : Jérôme Chatin, pour L'Expansion.

Ajout du 03/07 : Le haut commissariat a rendu public hier les "faits marquants" des premiers mois d'expérimentation du RSA dans 34 départements. En voici les principaux points.

  • 42% des bénéficiaires ont plus de 40 ans, 34% entre 30 et 39 ans. 60% sont des femmes.
  • La moitié des bénéficiaires sont seuls et un sur 5 est au RMI depuis moins d'un an.
  • 12 500 familles ont vu leur revenu augmenter grâce au RSA.
  • Dans les zones expérimentales, le taux de retour à l'emploi est de plus de 25% par rapport aux zones témoins. Sur les 1000 premiers contrats signés, 28% sont durables (CDD de +6mois et CDI), 30% en contrat aidé, 26% en CDD de -6 mois... Les deux tiers sont dans le secteur marchand.
  • Dans l'Eure, le premier département à s'être lancé dans les expérimentations (juin 2007), on comptait fin mai 239 allocataires du RSA sur une zone cible de plus de 1500 Rmistes. Le montant moyen de l'incitation financière, stable d'un mois sur l'autre, était de 256 euros.
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Le berger à la bergère

Intervenant ce matin lors d'une table-ronde organisée par l'AJIS et consacrée au RSA, Martin Hirsch a répondu à Ségolène Royal qui l'accusait samedi dans une tribune du quotidien Le Monde de "déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel" (voir note du 9 mai et note du 21 avril sur ce même blog), via un rabotage de la prime pour l'emploi (PPE).

 

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 "Ca ne me dérange pas, et cela ne m'a jamais dérangé, que l'on prenne un peu à ceux qui sont en haut de la pile de la PPE pour donner à ceux qui sont au centre, a-t-il affirmé sans aucune ambiguité. On reviendrait comme cela à l'esprit originel de la prime pour l'emploi, instauré par le gouvernement de Lionel Jospin en 2001, avant ses augmentations de périmètre successives." Reconnaissant ainsi, en assumant pleinement, qu'il y aurait bien des perdants du recentrage de la PPE pour créer le RSA. Pour lui, le débat pour compenser la perte de pouvoir d'achat induite est ouvert. En substance, c'est chacun ses problèmes.

Seule question sur laquelle Martin Hirsch a semblé en difficulté : les moyens mis en oeuvre par le gouvernement pour aider les allocataires de minima sociaux qui ne bénéficeront pas du RSA. Le haut commissaire s'est borné à les renvoyer sur le service public de l'emploi pour les aider à devenir plus employables. Réinsérables.

Photo de Martin Hirsch : Nadine Decorce, AJIS.

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Le RSA rend Ségolène Royal amnésique

Dans le journal Le Monde daté samedi 10 mai, Ségolène Royal s'en prend violemment au RSA dont la mise en oeuvre consisterait "à déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel". L'ex-candidate socialiste dénonce que le RSA soit financé par un détricotage de la PPE qui bénéficie aujourd'hui à 8,9 millions de personnes (et non 8 millions). Elle laisse même entendre que Martin Hirsch s'est laissé convaincre. Et bien madame Royal, je suis désolé de le dire mais vous avez tort. Quatre fois tort même...

Primo, la PPE n'a pas vocation à être supprimée mais recentrée sur un public restreint. Distribuée à quelques 6 millions de ménages pour un coût de près de 4,5 milliards d'euros par an, son montant est trop faible (40 euros en moyenne par mois et par personne) pour avoir un impact significatif sur l'emploi.

Deuzio, le recentrage de la PPE sur ceux qui en ont le plus besoin devrait permettre d'exclure du bénéfice de cette subvention publique quelques milliers de personnes gagnant très bien leur vie et qui, grâce aux subtilités du code fiscal, en étaient pourtant bénéficiaires.

Tertio, il est envisagé de baisser les charges sociales des travailleurs pauvres qui perdraient des billes dans le recentrage de la PPE. Bref, une opération neutre pour eux.

Quatro, Martin Hirsch n'a jamais caché son souhait de substituer le RSA à la PPE. Selon lui, ce dispositif n'a jamais rempli les objectifs pour lesquels il a été concu : inciter à la reprise d'une activité professionnelle et lutter contre la pauvreté au travail. Il envisageait même à l'origine d'aller plus loin. "Si on met en place le RSA, on supprime la PPE, indiquait-il lors d'un tchat que je co-animais en mars 2007 sur le site débat2007.fr. Et si je plaide pour expérimenter le RSA, c'est pour éviter qu'on mette en place quelque chose de coûteux dont la Cour des comptes dirait 3 ans après qu'il est inefficace." C'est limpide comme de l'eau de roche, non ? L'ex-président d'Emmaüs l'avait d'ailleurs clairement indiqué à tous les candidats à la présidentielle qu'il avait convaincus de mettre en place le RSA en cas de victoire. Un détail que semble oublier aujourd'hui madame Royal.

Attaquer Nicolas Sarkozy sur sa gauche et critiquer sa politique sociale, c'est de bonne guerre. Mais utiliser Martin Hirsch et s'en prendre au RSA (et donc aux bénéficiaires de minima sociaux et aux travailleurs pauvres), c'est un coup bas. Sauf à être devenue amnésique...

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RSA vs PPE

"S'il le faut, on détricotera le RSA lors de l'examen de la loi au Parlement. Il est hors de question que l'on envoie à notre électorat le signal que l'on va encore aider les plus pauvres en prenant de l'argent, via la suppression de la prime pour l'emploi, aux classes moyennes." Cette confidence, émanant d'un député UMP influent, en dit long sur les difficultés qu'aura le haut commissaire aux solidarités actives à mener à terme la création de son RSA. Car même avec le soutien du président de la République, qui demeure son meilleur allié, il lui faudra passer ensuite l'étape des Parlementaires de la majorité dont on sait qu'ils sont plus que réservés sur l'action du locataire de l'Elysée. La mise en place du RSA, qui permettra selon les calculs de Martin Hirsch de faire franchir le seuil de pauvreté à 2 millions de personnes (les plus pauvres) d'ici 2012, impliquerait selon les plans du haut commissaire sa fusion avec la PPE aujourd'hui distribuée à près de 9 millions de contribuables et la suppression de l'aide fiscale à 3 millions d'entre eux. Les Parlementaires savent compter...

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Les questions sociales, en constante évolution, sont complexes et difficiles à décrypter pour un non-initié. Et pourtant le social, comme l’économie, est au cœur de tout : de la vie des entreprises, des relations politiques, du dialogue syndicats/patronat, de la mondialisation, du quotidien des gens. Bref, au cœur de la vie.

Comprendre le social, c'est donc une nécessité si l'on veut saisir au mieux le monde dans lequel on évolue. Décrypter ses jeux de rôle, analyser ses non-dits ou révéler ses supercheries en fait également parti. Et c'est ce que je vous propose de faire, humblement, dans ce blog.

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  • Sophie a commenté sur Les Rmistes à l'ANPE, c'est pas gagné !: Une erreur s'est glissée dans votre article : seulement un tiers des RMIstes est inscrit à l'ANPE (et non un tiers qui ne serait pas...
  • antoine a commenté sur Les Rmistes à l'ANPE, c'est pas gagné !: Je pense que nos deux hommes politique sont raison. M Besson dans le fait qu'il ne sert à rien de faire inscrire tous les bénéficiaires...
  • franck a commenté sur Nicolas et les syndicats: ce n'est pas grave Raphaël , faute avouée est a moitié pardonnée , nous sommes bien d'accord , votre discours est bien emprunt d'affects et...
  • franck a commenté sur Les Rmistes à l'ANPE, c'est pas gagné !: bien sur que 15 a 20% des chômeurs sont analphabètes !!! , et même si c'etait vrai , une formation pour rédiger un CV peut...
  • Raphaël a commenté sur Nicolas et les syndicats: Bonjour, Merci Marc pour ce suivi détaillé. Cqfd... en partie en tout cas. Petite précision quant à mon post précédent. Bien entendu, mon discours est...

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