Récemment dans la catégorie Politique

Je t'aime moi non plus...

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Bien que je doute que ce soient les meilleurs passages du livre d'entretien de François Chérèque* dont L'Express publie cette semaine les bonnes feuilles, on apprend beaucoup sur la stratégie de séduction-répulsion et les relations contrariées de Nicolas Sarkozy avec les leaders syndicaux.

Avec le SG de la CFDT, centrale la plus réformiste sur l'équichier, le chef de l'Etat est égal à lui-même. Caméléon, rarement là où on l'attend. Nicolas Sarkozy tente tantôt de le séduire en le flattant et lui promettant qu'ils vont à eux deux réformer la France ; tantôt de le faire plier en lui proposant un marché qu'une centrale concurrente acceptera si lui fait l'autruche ; tant de jouer l'épreuve de force sur le refrain "la rue ne m'arrêtera pas et vous ressortirez de tout conflit ridiculisé".

Mais là où le président de la République est le plus désarçonnant, même avec un solide gaillard et ancien rugbyman comme François Chérèque, c'est sa faculté de passer d'une phrase à l'autre de la gentillesse à l'avertissement, de la confidence au ballon d'essai, de la proposition à la menace, de la compréhension à l'opposition, du chaud au froid.

Avec, il faut l'avouer depuis un an, un certain succès (du point de vue stratégique). Jamais les questions sociales n'ont été autant au coeur de l'actualité, jamais les partenaires sociaux (le plus souvent malgré eux et dans un timing d'enfer) n'ont été autant associés aux réformes en cours et surtout rarement les syndicats n'ont semblé aussi divisé sur la réponse à apporter. La seule question qui vaille, en fait, c'est jusqu'à quand ?

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* "Si on me cherche...", entretien de François Chérèque avec Carole Barjon (journaliste au Nouvel Observateur), Editions Albin Michel, 308 pages, 19 euros. A paraitre le 3 septembre.

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Une rentrée mouvementée

Chaque année, les experts pronostiquent une rentrée sociale mouvementée. 2008 ne déroge pas à la règle. Pour plusieurs raisons.

  • La nouvelle réforme des 35 heures, votée cet été, a laissé des traces et les relations entre partenaires sociaux et gouvernement sont loin d'être au beau fixe. La définition (imposée) de l'offre raisonnable d'emploi n'a rien arrangé. Certains attendent donc avec impatience la fin de la trève estivale pour ré-ouvrir les hostilités.
  • Le 3 décembre auront lieu les élections prud'homales, les dernières avant l'application des nouveaux critères de représentativité. La campagne, qui doit s'ouvrir en septembre, fera sans nul doute l'objet d'une surenchère sociale.
  • Les grandes manoeuvres entre centrales ont commencé (la CFE-CGC et l'Unsa ; FO et la CFTC...) et nul n'est en mesure de dire quel sera l'issue de la recomposition annoncée. Or qui dit incertitude dit tensions. Et qui dit tensions dit grogne.
  • La renégociation de la convention d'assurance-chômage, le gros dossier de la rentrée, ne pouvait pas plus mal commencer. Les partenaires sociaux sont d'une part remontés contre l'injonction de François Fillon de baisser les cotisations chômage pour augmenter celles de retraite, préférant utiliser les excédents de l'Unédic pour mieux indemniser les chômeurs. Les mauvaises nouvelles sur le front de l'emploi (en baisse au 2ème trimestre 2008) les poussent d'autre part à ne pas dilapider les excédents de l'Unédic alors que le trou à combler est encore de 9 milliards d'euros.
  • Il n'y a pas que l'emploi qui dérouille, tous les indicateurs sont passés au rouge : croissance en berne, consommation atone, pouvoir d'achat bloqué, investissements des entreprises en repli... et la confiance des Français (en l'avenir) n'a jamais été aussi morose. D'aucuns prévoient déjà une légère remontée du chômage et un tassement des heures sup d'ici la fin de l'année. Un terreau idéal pour faire germer les frustrations en tout genre et laisser libre court aux revendications les plus folles.

Seule (maigre ?) consolation pour le gouvernement : l'absence totale d'opposition, le PS étant englué dans ses histoires de guerre des chefs dans le cadre de la préparation de son congrès du renouveau et Olivier Besancenot tenant à peu près le même discours alarmiste qu'elle que soit la météo sociale. Bonne rentrée à tous.

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Nicolas et les syndicats suite...

Il y a plusieurs explications (stratégiques) à la tournure explosive que prennent les relations gouvernement-syndicats en ce début d'été. Décryptage.

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1) Nicolas Sarkozy est persuadé que le pays va rentrer dans une période socialement très perturbée simplement à cause des élections prud'homales du 3 décembre prochain. Chacune des centrales syndicales va faire d'ici là monter la sauce pour apparaitre comme le meilleur (et le plus utile) des contre-pouvoirs et il y a donc peu de chances que la pression retombe. Bien au contraire.

2) Même s'il loue les vertus du dialogue social, le président de la République sait que les réformes sociales les plus difficiles du quinquennat sont maintenant derrière lui (fusion ANPE-Assédic ; offre valable d'emploi ; modernisation marché du travail ; représentativité ; 35 heures ; régimes spéciaux ; retraite) et c'est pourquoi il a aujourd'hui moins besoin des syndicats pour celles à venir.

  • Il sait que la CFDT, qui préside l'Unédic en alternance avec le Medef, signera à la fin de l'année le document issu de la renégociation de la convention d'assurance-chômage, qu'elle que soit l'issue des discussions qui doivent s'ouvrir en septembre. Enfin si le Medef désigne son chef de file d'ici là...
  • Il sait que la CGT a signé en avril la position commune sur la représentativité uniquement parce que les nouvelles règles renforcaient son assise dans le paysage syndical et que Bernard Thibault est encore bien loin d'apposer sa signature en bas d'un autre accord.
  • Il n'attend pas grand chose des grandes-messes sociales qui vont s'ouvrir maintenant : sur la formation professionnelle dont on sait que la réforme portera plus sur la gouvernance du système que sur un redéploiement plus juste des fonds collectés ; sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, tarte à la crème RH dont il ne ressortira que de bonnes intentions louables.
  • Il sait enfin qu'il aura -quoi qu'il arrive- le soutien des syndicats dans le dossier de la pénibilité au travail puisque l'ennemi aujourd'hui n'est pas François Chérèque ou Jean-Claude Mailly mais le patronat qui refuse obstinément de payer pour réparer les préjudices subis et traine des pieds pour conclure une négociation ouverte... en février 2005.

Il n'y a donc pas que sur les questions internationales que le président de la République est un adepte de la "real-politik"...

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Nicolas et les syndicats

"La France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu'on ne le voit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit."

NS2.jpgPar cette sortie samedi dernier lors de la convention nationale UMP dédiée à l'Europe, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois provoqué la colère des responsables syndicaux et politiques de gauche qui l'accusent en écho cette fois-ci de piétiner le droit de grève et de le mettre du coup tous en garde contre des lendemains qui déchantent. On peut interpréter ce nouvel épisode des relations compliquées entre les syndicats et le président de la République de deux façons.

Primo, en vérifiant les propos du chef de l'Etat. Et constater qu'il a en partie raison, la verve et la provocation en moins. La loi sur le service minimum dans les transports publics terrestres a amélioré les conditions de transport les jours de grève. C'est indéniable. A la SNCF, lors du dépôt du dernier préavis national, sept syndicats se sont assis à la table des négociations et trois ont in fine appelé à cesser le travail, ne provoquant pas ainsi la paralysie du réseau que l'on a pu connaitre par le passé. Personne ne s'en est donc aperçu ou presque... sauf à Marseille, une nouvelle fois totalement bloquée. En tout cas, il y a du mieux et c'est en ce sens qu'il faut, selon moi, interpréter les propos de Nicolas Sarkozy.

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Deuzio, en remarquant que les syndicats sont plus prompts à réagir aux déclarations du président de la République sur une nouvelle remise en cause de leur efficacité qu'à défendre les 35 heures actuellement vidées de leur substance au Parlement. Je l'ai indiqué dans mon précédent post mais je trouve ahurissant le silence syndical sur cette question de la négociation du temps de travail effectif au niveau de l'entreprise. Qu'ils aient raison ou tort, ils semblent avoir capitulé et réagir dorénavant plus pour défendre leur honneur blessé que celui des salariés. Il est quand même paradoxal que la contestation sur les 35h soit laissée... au Medef.

Alors Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison de provoquer les syndicats ? Evidemment non. Mieux vaut un dialogue social apaisé pour mener les réformes difficiles et il n'est jamais bon de mettre de l'huile sur le feu. Mais la responsabilité du camp en face est aussi de ne pas rester scotché aux mots et de voir plus loin que le bout de son nez. Au moins le chef de l'Etat a-t-il réaffirmé son autorité dans son propre camp et revigoré ses troupes déboussolées par les cadeaux faits ces derniers mois aux syndicats. Pour eux c'est clair, avec Nicolas ce n'est pas la rue qui gouverne...

Photos : Jérôme Chatin, pour L'Expansion, prises lors des "Premières rencontres du social" organisées par l'AJIS le 18 septembre 2007.

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Wauquiez se justifie sur l'offre raisonnable d'emploi

Loin de moi l'idée de dire que le gouvernement ne fait rien en matière d'emploi. On peut être d'accord ou pas avec ses réformes, mais force est de reconnaitre qu'il tente des choses. Ce qui est en revanche critiquable, c'est parfois la cohérence de son action, la justification de sa méthode. Je m'explique, en prenant l'exemple de l'offre raisonnable d'emploi (ORE), dont le projet de loi a été présenté la semaine dernière en conseil des ministres et qui sera débattu au Sénat dès le 23 juin. Je prends d'autant plus cet exemple que je considère, à titre personnel, que c'est une réforme qui va dans le bon sens.

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Le gouvernement a décidé d'agir au prétexte de l'inaction des partenaires sociaux. "Ils n'ont rien fait en 2000 et en 2005, s'est justifié ce matin Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi lors d'une rencontre organisée par l'AJIS. L'ORE était au coeur du programme de campagne de Nicolas Sarkozy et François Fillon leur a écrit il y a un an pour qu'ils négocient sur ce point. Et aujourd'hui, aucune décision en ce sens a été arrêtée et plusieurs syndicats nous ont dit que jamais ils ne parviendraient à se mettre d'accord." Moralité, le gouvernement a dégainé un projet de loi... avant l'ouverture de la négociation sur l'assurance-chômage (qui doit se conclure avant le 31 décembre). "On se devait de prendre nos responsabilités, a ajouté Laurent Wauquiez. C'est un sujet déterminant dans notre conception de la protection sociale, une question d'équilibre sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi." La démonstration est claire, y'a pas de doute. Sauf qu'il y a plusieurs biais, sur la forme.

Primo, François Fillon n'a pas vraiment demandé aux partenaires sociaux de se saisir de ce dossier. En tout cas, s'il l'a fait, il n'a pas été très explicite et il avait affiché d'autres priorités. Ce qui a énervé en réalité le gouvernement, c'est que les partenaires sociaux ont hésité à mettre un article sur l'offre valable d'emploi (le terme consacré à l'époque) dans leur accord de modernisation du marché du travail de janvier dernier et ont décidé, en toute logique, de repousser cette question lors de la renégociation de la convention d'assurance chômage prévue cet été.

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Deuzio, il est un peu fort de café de dire que jamais syndicats et patronat ne parviendraient à s'entendre sur cette question puisqu'ils l'ont fait en 2000, lors de la création du Pare (Plan d'aide de retour à l'emploi) en proposant un dispositif approchant d'ORE.. non transposé alors par le gouvernement de Lionel Jospin. De plus, c'est faire peu de cas a priori de l'efficacité du dialogue social. Personne n'aurait cru il y a un an que les partenaires sociaux trouveraient un accord sur la flexisécurité ou la représentativité syndicale. Et pourtant ils l'ont fait et le gouvernement a transposé dans la loi des dispositions différentes des positions exprimées pendant la campagne par le candidat Sarkozy. Je pense au contrat de travail unique qui s'est transformé en contrat de mission pour objet. Ou alors à la seule représentativité des syndicats par l'élection.

Tertio, au sujet du dernier argument développé par Laurent Wauquiez : l'urgence. "On ne pouvait pas se permettre d'attendre encore un an avant que les partenaires sociaux ne se mettent d'accord et encore un an ensuite pour qu'un dispositif s'applique." Soit. Mais alors pourquoi ne pas l'avoir mis en oeuvre en même temps que le service minimum à l'été 2007 ou lors du lancement de la fusion ANPE-Assédic à l'automne ? Pourquoi avoir attendu un an ? Question de priorité, sans doute... Ou de cohérence.

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Les questions sociales, en constante évolution, sont complexes et difficiles à décrypter pour un non-initié. Et pourtant le social, comme l’économie, est au cœur de tout : de la vie des entreprises, des relations politiques, du dialogue syndicats/patronat, de la mondialisation, du quotidien des gens. Bref, au cœur de la vie.

Comprendre le social, c'est donc une nécessité si l'on veut saisir au mieux le monde dans lequel on évolue. Décrypter ses jeux de rôle, analyser ses non-dits ou révéler ses supercheries en fait également parti. Et c'est ce que je vous propose de faire, humblement, dans ce blog.

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