Christian Schmidt, professeur à l’université Paris-Dauphine, a récemment reçu le 1er prix du risque décerné par la Fédération Française des Sociétés d’Assurance pour un ouvrage sur la Neuroéconomie. Dans ce livre, Schmidt considère que la neurobiologie apporte une vision nouvelle en complément de la théorie économique des choix rationnels qui continue de distinguer les choix en univers certain et les choix en incertitude. En effet dans la neurobiologie « le schéma dominant n’est pas le calcul, mais plutôt l’attente qui, mobilisant l’intention du sujet, va orienter son choix; d’où l’importance des notions de « récompense » et de « pénalité ». » Donc le risque découlerait directement de « l’anticipation de la récompense attendue par le décideur et des corrections qu’il effectue sur cette anticipation, en utilisant des informations recueillies sur l’environnement incertain dans lequel il opère. » Schmidt insiste sur l’importance du contexte et de la faculté d’anticipation du sujet, il cite en particulier l’économiste Schackle qui distingue les événements « contre attendus » et les événements « inattendus ». Dans le premier cas l’événement est pris en compte par le décideur et un degré de « surprise potentielle » peut y être associé, alors que dans le second cas « une contingence a complètement échappé à son attention, parce qu’elle ne lui est jamais venue à l’esprit et n’a donc donné lieu à aucune espèce d’hypothèses de sa part ». L’ouvrage argumente aussi du fait que le cerveau révèle le plus souvent une très forte aversion aux situations ambiguës. Dans un article du Monde, Christian Schmidt précisait sur un plan plus opérationnel que « de telles situations, sur lesquelles on dispose d’informations contradictoires, sont de plus en plus fréquentes sur les marchés financiers, en raison directe de l’augmentation continue du nombre des informations reçues et traitées. Il est démontré alors que les agents se trouvent souvent conduits à prendre, sans s’en rendre compte, beaucoup plus de risques, avec toutes les conséquences qu’ils entraînent, pour fuir précisément cette ambiguïté qu’ils redoutent. Enfin, la prise de risque n’étant jamais affectivement neutre, c’est moins souvent la crainte directe d’une perte que l’appréhension d’avoir fait un mauvais choix qui peut expliquer certains comportements fallacieusement imputés à une aversion au risque. Il s’agit plutôt alors d’une aversion au regret qui peut rendre compte de certaines frilosités inexpliquées. » Les amateurs de neurologie appliquée aux sciences sociales trouveront dans ce livre matière à de nombreuses réflexions stimulantes. Quant aux nombreux esprits sceptiques sur une telle approche, ils resteront sans doute peu réceptifs aux propos défricheurs de l’auteur.
Neuroéconomie : Comment les neurosciences transforment l’analyse économique de Christian Schmidt, Odile Jacob, 321 p., 30 euros









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