Hugo Nicolai, développe un projet autour du monde pour travailler avec 5 entrepreneurs sociaux dans le domaine des énergies renouvelables. Durée du voyage : 20 mois
Il viendra régulièrement raconter ses expériences sur Sold’Eco.
Première rencontre avec ce Jeune diplômé d’école d’Ingénieurs spécialisé dans les nouvelles technologies de l’énergie à Toulouse.
hugo.niccolai@gmail.com
http://enrsud.posterous.com/
| La mise en place d’énergies propres : le challenge des entrepreneurs sociaux du Sud et leur contribution pour le Nord |
Les projets conduits sous forme de Social Business font intervenir les compétences du cœur de métier de l’entreprise qui doivent être mises en œuvre en adéquation avec les contraintes et les ressources locales. Les bénéficiaires de ces structures peuvent être issus de toutes « catégories sociales », il n’y a pas de clients type au Social Business car ce n’est pas le service proposé qui se différencie mais plutôt le principe qui fonde ce modèle. La cohérence locale de l’approche demande de prendre en compte les réalités terrains dès le début d’un projet, le type de bénéficiaires et leurs attentes en font parti. Ainsi, dans les pays en voie de développement, certaines de ces structures se sont focalisées sur des populations du BoP, Bottom of the Pyramid, c’est à dire les plus pauvres.
Qu’est ce que la logique du BoP (Bottom of the Pyramid) ?
Les entreprises travaillant dans cette logique considèrent que même les populations les plus pauvres constituent un marché potentiel et que la diminution des retards sociaux pourra se faire en donnant l’accès à ce marché. Ainsi tout en ayant une démarche responsable, l’entreprise doit adapter sa stratégie à ces bénéficiaires pour être rentable. Cette logique permet donc de rassembler à nouveau les notions de profit économique et de progrès social.
L’arrivée en masse sur le marché mondial de nouvelles technologies, souvent onéreuses, peuvent permettre une amélioration significative des conditions de vie des populations. On peut donc se demander comment est-il possible de les mettre en place de manière pérenne tout en étant en adéquation avec les ressources et les besoins locaux ? Comment ces populations avec un bas revenu peuvent elles profiter de ces technologies de manière durable ?
Prenons un exemple précis d’entreprises sociales illustrant cette problématique : la mise en place d’énergies renouvelables comme premier accès à une électricité durable pour des populations isolées des réseaux électriques.
L’énergie au cœur du développement
1,6 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité dans le monde. L’accès à l’énergie est un des objectifs de la lutte contre la pauvreté dans tous les pays en développement, l’autonomie énergétique de certaines populations isolées du Sud, hors de portée des réseaux électriques, est devenue cruciale.
Les services énergétiques sont reconnus par les états comme étant un facteur clef dans l’amélioration des conditions de vie liées à la santé, à l’accès à l’eau, à l’éducation et à la protection de l’environnement :
Pour l’éducation : Optimisation des infrastructures avec un meilleur éclairage, une réfrigération, la présence indispensable de NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication)…
Pour la santé : Eclairage, conditionnement des médicaments et vaccins, fourniture d’eau chaude, communication efficace sur les maladies telles le VIH et paludisme…
Pour l’agriculture : les carburants représentent 40 % des coûts de labour, de traitement, des récoltes… Une bonne irrigation est indispensable et les besoins énergétiques pour le conditionnement et le transport sont indispensables.
Amélioration des conditions de vie des femmes : Donner plus de temps pour l’éducation et les activités génératrices de revenus par le support énergétique (eau facilement accessible, plus de collecte régulière de bois de chauffage, allégement des travaux ménagers…).
Pour l’environnement : équilibrage démographique avec une diminution de l’exode rural et préservation des ressources naturelles, diminution de la pollution, gestion des ordures ménagères et des déchets.
La pauvreté énergétique est à la fois une cause et une conséquence du faible développement économique de ces régions reculées et isolées du réseau.
Les populations rurales, souvent pauvres, sont de faibles consommateurs potentiels d’électricité, ce qui entraîne la difficulté à financer les coûts importants d’extension du réseau électrique. Ainsi chercher à raccorder tout le monde par extension du réseau traditionnel est une solution déficitaire pour l’Etat et bailleur de fonds.
L’Electrification Rurale Décentralisée a pour objectif de produire de l’électricité pour les populations hors de portée des réseaux électriques, leur permettant ainsi une autonomie énergétique. Les énergies renouvelables permettent cette autonomie car elles fonctionnent à l’aide d’une ressource locale (eau, soleil, vent, biomasse…) disponible en quantité illimité, ce qui rend la production d’énergie durable.
Avec ses 4 composantes, technologique, économique, écologique et social, l’Electrification Rurale Décentralisée prouve qu’elle contribue à relever le défi du développement.
Des entrepreneurs d’exception œuvrent chaque jour à travers le monde pour proposer aux populations les plus démunies et les plus isolées des solutions énergétiques pérennes qui soient en adéquation avec l’économie, la géographie, la politique et la culture locale. Ces entreprises « de terrain » qui allient innovations technologiques et actions en faveur d’un développement solidaire, ne constituent-elles pas, pour les pays du Nord, les nouveaux modèles d’entreprises innovantes qui, au-delà de la quête de performances financières, rechercheront aussi la performance sociale, environnementale dans le cadre d’une politique de croissance solidaire ?
De tels projets font appel à de nombreuses innovations : innovations de méthode (analyse des besoins et capacités de paiement), innovations organisationnelles (coût de gestion d’un grand nombre d’équipements dispersés et de micro-flux financiers), innovations institutionnelles (coexistence avec les services publics traditionnels de fourniture d’électricité) et des innovations en termes de montage financier mêlant apports publics et privées.
Y-a-il des méthodes générales clés à tirer de ces innovations entrepreneuriales sous contraintes ?
Aujourd’hui nous nous rendons compte des limites d’un modèle énergétique dans les pays du Nord : réchauffement climatique, utilisation abusive de ressources fossiles liée à une ébriété énergétique (surconsommation, 60 % de l’énergie est consommée par 1,2 milliards d’individu dans les pays développés), des pics de consommation qui entrainent des saturations sur le réseau électrique centralisé…
Sans vouloir refonder du jour au lendemain les modes de production actuels, une des pistes pour une assurer une pérennité énergétique du Nord et du Sud est une utilisation rationnelle de l’électricité produite de manière plus décentralisée. Chaque environnement local a sa spécificité, chaque bénéficiaire diffère dans ses ressources ou ses besoins. Mais les contraintes économiques, politiques et logistiques de ces zones rurales pauvres du Sud poussent les entrepreneurs sociaux à imaginer de nouvelles solutions pour assurer une rentabilité de ces projets mais aussi leur pérennité dans le temps. Quelles sont ces « pépites », indispensables à la faisabilité de ces projets, associant technologies d’aujourd’hui et population du BoP, mises en place par ces entrepreneurs ? N’y-a-t-il pas là des innovations entrepreneuriales clés pour allier économie et solidarité ?
Les entrepreneurs sociaux de l’énergie pour la population du Bop dans les pays en voie de développement
Les éléments fondamentaux d’un marché d’électrification rurale soutenable incluent la satisfaction des usagers, l’accessibilité économique, la rentabilité pour l’entrepreneur, et des chaînes d’offres et de services efficaces. Différentes solutions sont mises en œuvrent pour assurer ce service électrique dans les pays en voie de développement : distribution sur le lieu même de production (achat d’un système autonome), distribution par location de batteries d’un point de charge jusqu’au lieu de consommation ou encore distribution par mini-réseaux en proposant un abonnement.
Afin de comprendre les méthodes de ces entrepreneurs, je vais partir à leur rencontre 20 mois pour travailler sur le terrain afin d’en identifier les facteurs de succès. Les futurs articles seront donc consacrer au fonctionnement de chacun de ces social business.
La nécessité d’un retour d’expérience lucide et pragmatique issu du terrain est importante pour comprendre les tenants et les aboutissants sur ce qui a marché ou échoué et pour en construire un modèle utilisable et inspirant les approches du Nord. Les entrepreneurs ciblés ont été choisi pour leur expérience dans ce domaine et leur implication sur le terrain :
La Grameen Shakti de Muhammad Yunus : créé en 1996 au Bangladesh, ce social business assure la mise en place d’énergies renouvelables en zone rurale isolée avec aujourd’hui plus de 200 000 systèmes solaires individuels installés et plus de 5000 unité de fabrication de biogas. Partenaire de la Grameen Bank, les bénéficiaires y accèdent via microcrédit.
PAMATEC d’Hubert d’Aboville : créé il y a 22 ans aux Philippines, cette entreprise sociale a terminé un projet d’électrification d’une île de 18 000 logements. Un service électrique sous abonnement y est proposé à très bas prix. Aujourd’hui, PAMATEC s’intéresse au petit éolien et aux biocarburants.
EGG Energy en Tanzanie: Entreprise sociale américaine mise en place en 2009, elle propose de la location de batteries rechargées sur le réseau électrique pour les villages voisins et bientôt rechargée à l’aide d’énergies renouvelables.
IDEEAS de Fabio Rosa : Entreprise sociale qui apporte des énergies renouvelables aux populations dans les endroits les plus reculés du Brésil.
Allier économie et solidarité avec les populations du BoP est un défi de taille que ces entrepreneurs ont décidé de relever, les modèles de social business ont été élaborés dans des secteurs économiques fournissant des biens essentiels (eau, produits alimentaires, microfinance…). Dans le domaine d’accès à l’électricité, ces entreprises sociales n’en sont encore qu’à leurs débuts, l’étude de leur fonctionnement peut donner des clés pour des futurs entrepreneurs sociaux souhaitant allier « technologie verte », progrès social et respect de l’environnement.
Quelques sources pour en savoir plus sur l’électrification en zone rurale :
- Heuraux, Christine, L’électricité au cœur des défis africains, Manuel sur l’électrification en Afrique, Paris : Karthala, 2010
de Gouvello, Christophe ; Maigne, Yves, L’Electrification Rurale Décentralisée ; Une chance pour les Hommes, des techniques pour la planète, Paris
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